Est-ce que vous savez qu’en 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France a compté plus de morts que de naissances ?

La raison : les décès augmentent avec le vieillissement des baby boomers mais SURTOUT, les naissances S’EFFONDRENT : – 22% en 15 ans, c’est colossal ! Entre 2010 et 2014, la baisse était légère, presque imperceptible. Au ski, ça serait une piste verte. Après 2015, c’est devenu une piste rouge. Et depuis 2022 ? On dévale une piste noire, à pic.

Parallèlement aux naissances, en 15 ans, le taux de fécondité a a chuté de 2,03 enfants par femme à 1,56. Le moteur de la natalité française, longtemps exemplaire en Europe, a calé.
Alors forcément, tout le monde a son explication : C’est le logement ! C’est trop cher d’avoir une chambre de plus ! Ou encore : on se met en couple trop tard, l’horloge biologique tourne ! Et enfin : et le climat ? Et les guerres ? Qui a envie de faire un enfant dans ce monde ?
Toutes ces raisons sont crédibles, mais quel est leur poids réel ? La chute des naissances, est-ce que c’est une crise passagère, ou un véritable basculement démographique ?
Si on reste à 1,5 enfant par femme, la population française pourrait diminuer fortement.
Au Japon et en Corée du Sud, qui ont des taux de fécondité encore plus bas, les projections font peur : le Japon devrait perdre 40 % de ses habitants d’ici 2100, et la Corée, environ 60 %. Et en Europe ? Malgré le renfort de l’immigration, l’Italie pourrait perdre d’ici à la fin du siècle 40% de sa population. L’Espagne, 30%.
[ SOURCES : ONU, “World population prospects 2024” – via Ourworldindata ]

Au-delà de la baisse pure et simple de la population, Moins de jeunes, c’est moins d’actifs pour payer les retraites, moins de forces vives pour innover, pour transformer la société et pour réaliser la transition énergétique. Est-ce notre futur ? Un pays qui rétrécit ?
Dans les médias, le sujet est traité à l’emporte-pièce entre deux polémiques : quelques chiffres, une micro explication d’un démographe qui fait de son mieux en 30 secondes, et on passe à la suite.
Chez Osons Comprendre, on pense que ce sujet mérite mieux. On va prendre le temps de faire un vrai diagnostic. On ne va pas demander aux démographes de nous donner une réponse en 3 phrases, on va lire leurs articles scientifiques pour en tirer l’essentiel.
Alors, pourquoi la natalité baisse ? Est-ce que c’est grave ? Est-ce qu’on peut relancer la machine, ou est-ce qu’on fait face à un phénomène inarrêtable ? On pose tout sur la table, et on essaie de comprendre. C’est parti.
L’exception démographique française
Jusqu’à récemment, la France était une exception démographique en Europe, une sorte de village gaulois qui résistait encore et toujours à la baisse de la natalité qui touchait tous ses voisins.

En France, les femmes nées entre 1920 et 1945, les mamans de l’après guerre, ont eu plus ou moins 2,5 enfants par femme. A l’époque, rien d’original : pendant les 30 Glorieuses, le baby boom était partout en Europe. Non, ce qui distingue la France, c’est ce qui s’est passé après.
Les femmes nées entre 1950 et le milieu des années 70 ont continué à avoir entre 2 et 2,1 enfants par femme. Jusqu’à la génération née en 1975, on sait exactement combien les femmes ont eu d’enfants – ce que les démographes appellent leur “descendance finale”parce qu’elles ont plus de 50 ans, elles ont terminé leur “carrière reproductive”.
Pour les femmes nées entre 1975 et 1985, elles n’ont pas encore terminé leur “carrière reproductive”, mais – à plus 40 ans – on a déjà une idée très précise du nombre d’enfants qu’elles auront dans leur vie : autour de 2 elles aussi.
C’est très intéressant, parce qu’avoir entre 2 et 2,1 enfants par femme, c’est pile le seuil de renouvellement de la population. Pour qu’une population reste stable, il y a un chiffre magique : 2,07 enfants par femme. Pourquoi 2.07 et pas 2 ?
Laurent Toulemon, démographe, directeur d’étude à l’INED, nous explique : “Deux enfants par femme, un garçon et une fille, pour remplacer deux parents, un homme et une femme. Mais comme il naît un petit peu plus de garçons que de filles, 105 garçons pour 100 filles, et comme 1% des enfants décèdent avant d’atteindre eux-même l’âge d’avoir des enfants, il faut un peu plus d’enfants, 2,07 enfants par femme, pour qu’une génération de femmes soit remplacée par une génération de filles”.
[ SOURCE : INED – Youtube, “Quelle est la différence entre un taux de natalité et un indice de fécondité ?”, 26 août 2021 ]
Merci monsieur Toulemon, c’est très clair. Ce qu’on comprend, c’est que la France a assuré le renouvellement de sa population, au moins jusqu’aux femmes nées au milieu des années 80. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne s’est pas passé comme ça chez tous nos voisins.

En Allemagne, en Espagne, en Italie, les femmes nées au milieu des années 70 n’ont pas toujours atteint les 1,5 enfant par femme. C’est pas fameux non plus pour plein de pays d’Europe centrale et pour les Portuguais. La natalité des pays scandinaves a mieux résisté. De même que celles des îles britanniques.
Bref, pendant que la natalité chutait chez la plupart de nos voisins, la France gardait ses écoles pleines
Mais c’est quoi le secret ? Est-ce qu’en France, tout le monde fait 2 enfants ? Non, bien sûr.
Ce qui distingue la France, ce n’est pas les femmes qui ont deux enfants, c’est plutôt celles qui n’en ont pas, et celles qui en ont plus. Je m’explique.

D’abord, en France, il y a relativement peu de femmes qui n’ont pas d’enfants. Seulement 1 femme sur 10 pour la génération née en 1965, alors qu’en Italie, c’est 1 femme sur 4. Ensuite, beaucoup de Françaises ont 3 enfants ou plus. 30% de nos femmes nées en 1965 ont eu au moins 3 enfants. C’est deux fois plus que pour les Allemandes, les Espagnoles et les Italiennes.
L’exception française en Europe, c’est d’avoir peu de femmes sans enfant et surtout qu’on a continué à avoir beaucoup de familles de 3 enfants ou plus.
Alors là, vous vous dites peut-être : « si la France a autant de familles nombreuses, est-ce que c’est grâce aux immigrées qui font beaucoup plus d’enfants ? Et bien posons-nous la question sans tabou : est-ce que l’exception démographique française vient d’ailleurs et repose en réalité sur son immigration ?
La France doit-elle sa natalité aux immigrées ?
Alors, est-ce que les femmes immigrées font plus d’enfants ? La réponse est oui, clairement.
On sait exactement combien ont eu d’enfants les femmes nées entre 1960 et 1974, ce sont les dernières qui ont terminé leur “carrière reproductive”, entre 2010 et 2024.
Les femmes immigrées ont eu en moyenne 2,35 enfants. Les “double natives”, les femmes nées françaises de parents eux-même français ont eu 1,86 enfants.
Un demi enfant d’écart, c’est pas mal. Il y a bien une surfécondité des femmes immigrées.
[ SOURCE : INSEE, “Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ?”, 21 février 2023, Figure 1 ].

C’est vrai, les familles nombreuses sont plus fréquentes chez les femmes immigrées : 4 sur 10 ont eu 3 enfants ou plus. Mais voici le premier bémol. 1 double-native sur 4 a AUSSI eu 3 enfants ou plus. Un quart de double-natives qui ont plus de 3 enfants : on voit que la famille nombreuse, c’est aussi un standard « très terroir » 🙂
Ensuite, c’est une question de mathématiques : oui les femmes immigrées ont plus d’enfants, mais elles sont minoritaires dans la société française. Leurs enfants en plus, une fois dilués dans la masse des femmes, ne font monter la moyenne nationale que de 0,07 enfant. 1,86 enfant par femme pour les double natives, sans lien avec la migration, contre 1,93 en moyenne nationale, immigrées comprises.
[ SOURCE : INSEE, “Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ?”, 21 février 2023, Figure 1 ].

L’immigration, c’est un « bonus », un turbo si vous voulez, mais ce n’est pas le moteur. La natalité des “double natives”, proche de 2, suffisait déjà à faire de la France une exception démographique en Europe.
Et il y a un autre chiffre qui casse une idée reçue très tenace : c’est le nombre d’enfants des femmes de la “deuxième génération”. Les filles d’immigrés, nées et élevées en France, ont autant d’enfants que les double-natives.
[ SOURCE : INSEE, “Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ?”, 21 février 2023, Figure 1 ]
Qu’est-ce que ça nous dit ? Que le nombre d’enfants n’est ni inscrit dans les gènes, ni dans une culture rigide qui serait imperméable à tout. Au contraire. Ce qu’on observe, c’est une convergence ultra rapide vers le modèle français. Naître et grandir en France, c’est adopter les mêmes comportements, les mêmes doutes, les mêmes projets de vie que le reste de la population… et aussi, avoir le même nombre d’enfants.
C’est peut-être l’un des signes d’intégration les plus puissants, même s’il est largement invisible.
Contre les fantasmes de stratégie de “grand remplacement” ou de conquête musulmane par la démographie, la réalité montre que les filles d’immigrés – du point de vue de la natalité – sont bien des Françaises comme les autres.
On peut déjà conclure une chose : l’exception démographique française ne vient pas d’ailleurs. Elle est structurelle. Elle est ancrée dans la société française.
Viens la question du pourquoi. Pourquoi les Françaises ont-elles résisté si longtemps au déclin de la natalité ? Pour le comprendre, il faut remonter le temps et s’intéresser à une autre passion française : les politiques familiales.
Le trauma démographique français : comment la peur a façonné un modèle
Si la France a eu une natalité aussi forte ces dernières décennies, c’est paradoxalement. parce qu’elle a eu des problèmes bien avant tout le monde.
En 1800, la France – beaucoup plus peuplée que ses rivaux – est la superpuissance démographique de l’Europe. Cet avantage qui a permis les immenses conquêtes de la Grande Armée de Napoléon
Mais au XIXème siècle, tout bascule. Pendant que la population allemande est multipliée par plus de 3.5 et celle de l’Angleterre par plus de 4, la France, elle, ne progresse que d’un tiers.
[ SOURCE : Diverses sources via Ourworldindata, “Population – Long run data” ]

La raison ? Les démographes sont unanimes ,la natalité a commencé à baisser en France plus tôt et plus vite que chez ses voisins.
[ SOURCES : Huss, “Pronatalism in the Inter-war Period in France”, 1990 & Perrin, “On the origins of the demographic transition: rethinking the European marriage pattern”, 2022 & Spolaore & Wacziarg, “Fertility and Modernity”, 2021 ]
Pour les élites de l’époque, c’est la panique. Après la défaite de 1871 et le traumatisme de la Première Guerre mondiale, la démographie devient une obsession militaire. On a peur du déclassement. On a peur de ne pas avoir assez de soldats.
Pour relancer les naissances, l’État choisit au début de contraindre les femmes. En 1920, la très droitière et très catholique “chambre bleue horizon” criminalise non seulement l’avortement, mais aussi la contraception.
Le vote est quasi unanime : seuls les socialistes votent contre ! Bon, les socialistes de l’époque, c’était plus LFI que le PS, hein 😉
[ SOURCE : Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés : compte rendu in-extenso [archive], sur Gallica, 23 juillet 1920 (consulté le 10 mars 2026 ]
Dites-vous qu’à l’époque, le simple fait d’informer sur la contraception peut suffire à vous amener en prison !
[ SOURCE : Journal officiel de la République française, Loi du 31 juillet 1920 réprimant la provocation à l’avortement et à la propagande anticonceptionnelle, Article 3 ]

Les femmes sans enfants sont pointées du doigt dans des campagnes financées par de puissants groupes natalistes.

Mais la natalité ne remonte pas. La répression montre vite ses limites. Alors, dans les années 30, on passe à la carotte, en plus du bâton.
En 1932, on invente les premières allocations familiales, au niveau des entreprises. En 1938 et 1939, les allocations familiales sont prises en charge par la puissance publique, et elles sont renforcées. Après 1945, on rend les allocations familiales universelles, et on soutient massivement le troisième enfant. On crée aussi le “quotient familial” : plus vous avez d’enfants, moins vous payez d’impôts.
[ SOURCE : Vie publique, La politique de la famille depuis 1932 : chronologie, 9 juillet 2024 ]
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : quand on regarde l’Europe des années 2000, les pays qui investissent le plus dans les prestations familiales sont, sans surprise, ceux qui gardent la natalité la plus élevée.

Mais le vrai coup de génie français arrive dans les années 70.
Pendant que l’Allemagne culpabilise les mères qui travaillent en les traitant de “Rabensmutter” — les “mamans corbeaux” qui abandonnent leur nid — la France, elle, a investi très tôt massivement sur les crèches et les assistantes maternelles pour les – de 3 ans.
[ SOURCE : Druzhinenko-Silhan & Patrick Schmoll,” Les dispositifs d’accueil du jeune enfant en France : histoire, état des lieux et perspectives”, 2025 ]
Et pour les + de 3 ans, la France a aussi mis le paquet sur les écoles maternelles publiques : une place y est garantie à tous les enfants. Encore un atout pour les mamans qui travaillent !

Résultat : en France il devient socialement accepté, et même valorisé, d’être une femme active ET une mère.
En Europe, les pays nordiques ont suivi une voie proche de la France, pendant que des pays comme l’Allemagne, mais aussi l’Italie ou l’Espagne ont longtemps eu une offre de crèche très limitée.
Conséquence de ces choix : dans les années 2000, on constate que les pays qui ont le meilleur taux de places de crèches et d’assistantes maternelles sont aussi ceux qui ont gardé la natalité la plus forte.

Entre les années 80, et les années 2000, le lien entre travail des femmes et natalité s’est complètement inversé !
[ SOURCE : Doepke et. al., “The Economics of Fertility: A New Era”, Avril 2022, Figure 11 p. 29 ou 30 ]

En 1980 : Plus les femmes travaillaient dans un pays, moins elles faisaient d’enfants. La logique, c’était ou bien on travaille, ou bien on a des enfants En 2000 : C’est l’inverse ! Les pays où les femmes travaillent le plus sont ceux qui font le plus de bébés.
Le secret français, c’est d’avoir baissé le “coût” du sacrifice pour la carrière des femmes de faire des enfants. En offrant des solutions de garde accessibles, on a permis aux mères de ne pas avoir à choisir entre leur carrière et leur vie de famille.
[ SOURCE : Thevenon, Does fertility respond to work and family reconciliation policies in France?, 2009 ]
Ce sont les pays les plus ‘conservateurs’ (Italie, Espagne, Allemagne de l’époque), qui voulaient garder les mères au foyer, qui ont vu leur natalité s’effondrer. En obligeant les femmes à trancher le dilemme “famille ou carrière” ils ont poussé plus d’une femme sur cinq à renoncer totalement à la maternité.

Jusqu’ici, l’exception démographique française, c’est une belle histoire. On peut en être fiers.
Mais attention : tous les chiffres que je viens de vous donner concernent les femmes qui ont aujourd’hui plus de 40 ans. C’est le bilan d’un monde qui est peut-être déjà derrière nous.
La question brûlante, celle qui nous a poussés à faire cette vidéo, c’est la suite. Les femmes nées après 1985, celles qui sont aujourd’hui en âge d’avoir des enfants, font face à un monde radicalement différent.
Est-ce que notre “potion magique” est périmée ? C’est ce qu’on va voir maintenant.
Le Baby crash français, crise passagère ou fin d’un modèle ?
On a longtemps cru que la France était immunisée. Pendant que nos voisins européens voyaient leurs berceaux se vider, nous, on affichait fièrement nos deux enfants par femme.
Mais depuis 2010, et surtout depuis 2015, la machine s’enraye.
Alors, est-ce qu’on vit juste une crise passagère, ou est-ce que le fameux modèle démographique français est en train de s’effondrer pour de bon ? Pour comprendre, il faut qu’on plonge dans la cuisine interne des démographes. Car vous allez voir : les chiffres qu’on vous donne à la télé sont… en partie fictifs.
Premier point important : la chute des naissances ne vient pas d’un manque de mères potentielles. Le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants est globalement stable.

Si le nombre de bébés baisse, c’est parce que les femmes en font moins.

Vous avez sûrement entendu ce chiffre : 1,56 enfant par femme en 2025. C’est ce qu’on appelle l’ICF (Indicateur Conjoncturel de Fécondité). Mais attention ! Ce chiffre ne décrit pas la vie d’une vraie femme.
L’ICF, c’est une construction théorique. On prend une femme fictive, « Madame 2025 », et on imagine qu’elle traverse sa vie de 15 à 50 ans en ayant, à chaque âge, exactement le comportement de fécondité des femmes de cette année.

- À 19 ans, elle a 1% de chance d’accoucher.
- À 30 ans, 11%.
- À 36 ans, 8%. À la fin, on additionne tout et on obtient 1,56 enfants par femme.
L’ICF d’une année, c’est une photographie de la natalité à un instant T.
En comparant ces photos année après année, on peut voir les tendances, les évolutions récentes.
Grâce au calcul de l’ICF on peut voir des choses très intéressantes. On apprend par exemple qu’en réalité, ces dernières années ce n’est pas toutes les femmes qui font MOINS d’enfants.
Les femmes qui étaient déjà mères ont continué à faire autant de nouveaux bébés qu’il y a 15 ans. Il y a toujours autant de 2ème, 3ème, 4ème enfants.
[ SOURCE : INED, »L’évolution démographique récente de la France 2025 – Fécondité et infécondité en France », 2025, Tableau 2a p.71 ]

Non, la rupture, la grande différence par rapport à y a 15 ans tient en une phrase : de moins en moins de femmes passent le cap du premier enfant. Si une génération avait, toute sa vie, le comportement des femmes de 2023, 27 % de cette génération de femmes resteraient sans enfant. C’est énorme !
Pour rappel, ces dernières années seulement 15% des femmes finissaient leur vie féconde sans enfant (générations 1975-1980). Cette proportion pourrait doubler si la fécondité de 2023 devenait la norme.
[ SOURCE : Köppen, Toulemon et Mazuy, “Childlessness in France”, 2017, Figure 4.2, p.8 ]

Mais comme on vous l’a dit : l’ICF reste une construction théorique. C’est utile pour comparer les années entre elles, mais ça ne nous dit pas combien d’enfants les Françaises auront vraiment à la fin de leur vie. Et c’est là que ça devient ouf.

Prenons une femme née en 1956, comme ma maman.. De ses 15 ans à ses 50 ans, vous voyez qu’elle a passé presque toute sa vie féconde avec un ICF inférieur à 2. Pourtant, la descendance finale des femmes nées en 1956 est… de 2,14 !
Comment expliquer ce mystère ? Grâce au décalage / rattrapage : durant ces années à l’ICF bas, les femmes n’ont pas renoncé à avoir des enfants, mais elles ont repoussé le moment de les faire. En 50 ans, l’âge moyen du premier enfant a reculé de 5 ans.

Et ça, ça fait bouger l’ICF. Tant que les femmes reculent leurs naissances, l’ICF plonge, puis quand elles « rattrapent » leur retard à 35 ou 40 ans l’ICF remonte. Le décalage / rattrapage explique donc pourquoi, malgré un ICF inférieur, la descendance peur rester autour de 2 enfants par femmes.

Mais voilà le problème : pour la première fois, les démographes de l’INED s’inquiètent. Ils pensent que pour la génération 1987 — ma génération — le rattrapage ne suffira pas pour atteindre les 2 enfants/femme. Pourquoi ?
On aura du mal à atteindre les 2 enfants par femme d’abord, à cause de la biologie. C’est un sujet sensible, mais les chiffres sont têtus. À 29 ans – l’âge moyen actuel du 1er enfant – une femme a 75% de chances de concevoir sur un an. À 39 ans, ce chiffre tombe à 44%.
[ SOURCE : Henri Leridon, “Can assisted reproduction technology compensate for the natural decline in fertility with age? A model assessment”, 2004 ]

On se dit souvent : « Pas grave, la PMA est là ». C’est vrai, 1 naissance sur 30 en France est issue d’une PMA. Mais ce n’est pas une baguette magique.
[ SOURCE : Hamamah & Berlioux, “Rapport sur les causes d’infertilité. Vers une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité”, février 2022, p. 21 ]

Par exemple, passé 40 ans, un parcours de Fécondation In Vitro sur cinq seulement débouche sur une naissance, alors qu’avant 35 ans, le taux de succès est deux fois plus élevé.
[ SOURCE : Hamamah & Berlioux, “Rapport sur les causes d’infertilité. Vers une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité”, février 2022, p. 25 ]

Comme pour la conception “naturelle”, la PMA est moins efficace quand on s’approche de 40 ans. La PMA est un espoir pour de nombreuses personnes, mais le résultat est loin d’être garanti.
En décalant toujours plus l’âge du premier enfant, on finit par heurter un mur. Et puis, il y a un changement plus profond : le désir lui-même s’étiole. Une enquête massive de l’INED montre qu’entre 2005 et 2024, le nombre d’enfants souhaités par les jeunes femmes est passé de 2,5 à 1,9. On passe sous le seuil de renouvellement de la population.
[ SOURCE: INED, “Les Français·es veulent moins d’enfants”, juillet-août 2025, Figure 3 ]

Encore plus frappant : la proportion de jeunes femmes déclarant ne vouloir aucun enfant a triplé. Aujourd’hui, c’est environ une femme sur sept.
[ SOURCE: INED, “Les Français·es veulent moins d’enfants”, juillet-août 2025, Figure 3 ]
Attention, ça ne veut pas forcément dire que ces jeunes femmes n’auront pas d’enfants. Grâce aux enquêtes passées, on sait que le désir d’enfants augmente souvent avec l’âge.
Néanmoins – avec des gamins toujours plus tardifs et un désir d’enfants qui baisse – on comprend maintenant pourquoi les démographes de l’INED estiment que les femmes nées après 1987 auront moins de 2 enfants.
Si tout ça se confirme, ça voudrait dire qu’on est en train de vivre un véritable basculement démographique, l’acte de décès de notre modèle français.
Si c’est bien le cas, est-ce que c’est grave ?
Chute des naissances : quels impacts pour la France ?
La baisse de la natalité pourrait être une bonne nouvelle… pour l’écologie. Moins de naissances, c’est moins de population, et donc moins de pressions sur les ressources, les habitats et la biodiversité.
[ SOURCE : Wynes & Nicholas, “The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions”, 2017 ]

Pour le climat, une étude a marqué les esprits “ne pas avoir un enfant” serait l’action individuelle qui économise – et de loin – le plus de CO2.
Alors, faut-il faire moins d’enfants pour sauver la planète ? Si le sujet vous intéresse, dites-le nous, parce que ça mérite une vidéo entière. Y a des biais méthodologiques abusés dans l’étude qui a fait le buzz, et je vous le dis pour attiser votre curiosité : la réponse est sûrement plus nuancée que ce qu’on entend depuis des années !
Il y a une conséquence très prévisible si on continue à avoir moins de naissances que de décès : la population va finir par diminuer. La vitesse de cette baisse dépend de 3 paramètres : le taux de natalité, bien sûr, mais aussi l’espérance de vie et l’immigration.
Que se passe-t-il si le taux de fécondité se stabilise à 1,6 enfant par femme, au niveau des dernières années ?
Dans un scénario “France fermée” qui ressemble aux rêves de Bardella, Zemmour et Retailleau, avec très peu d’immigration, la France perdrait 10 millions d’habitants en 2070.
[ SOURCE : INSEE, “Projections de population 2021-2070 – Scénario “Population basse””, 29 novembre 2021 ]

10 millions d’habitants en moins, c’est 1 personne sur 7 qui disparaît. Cela équivaut à vider les régions Normandie, Bretagne et Pays de la Loire de toute leur population. Ca fait un sacré trou sur la carte et beaucoup moins de cidre pour l’apéro.
[ SOURCE : INSEE, “Population de référence 2023 – Population des régions”, 29 décembre 2025 ]

Vous l’avez compris, sans immigration, une natalité faible, c’est une population qui plonge. C’est mathématique.

Maintenant, imaginons un deuxième scénario : “France plus ouverte.
Avec toujours 1,6 enfant par femme, mais en gardant le même rythme d’immigration que ces 10 dernières années, la population de la France se maintient à 68 millions en 2070. La différence entre les deux scénarios est énorme
[ SOURCE : INED, “La population de la France va-t-elle diminuer ?” – “Scénario 2024” , mars 2025 ]
Moralité : dans une France de faible fécondité, l’immigration devient la grande variable d’ajustement. Sans elle, la population plonge. Avec elle, on amortit la chute, voire on stabilise.
Bien sûr, y a aussi des limites aussi à la “solution immigration”. Si la fécondité chute encore plus bas par exemple, à 1,2 enfants par femme comme en Italie, on n’échappera pas à une baisse de la population.
Mais la taille totale de la population n’est pas le seul enjeu.
L’autre grand effet de la baisse des naissances, c’est le vieillissement démographique.
Et ce vieillissement pose une question très concrète : comment financer les retraites ?
Prenons le scénario “France fermée”, avec sa natalité faible et son “immigration zéro”, celui qui nous fait perdre 10 millions d’habitants.
A partir des projections du COR – le Conseil d’orientation des retraites – on peut estimer l’âge auquel il faudrait partir à la retraite pour équilibrer financièrement le système.
[ SOURCE : COR, “Rapport annuel du COR juin 2025 – Données complémentaires – Leviers – Cumul des variants “fécondité basse” et “solde migratoire bas”, juin 2025 ]
Avec la “France fermée”, c’est 68 ans et 3 mois ! Ca pique 🙂 C’est deux ans et 3 mois de plus que dans un scénario avec une natalité un peu plus élevée et une immigration modérée.
[ SOURCES : COR, “Rapport annuel du COR juin 2025 – Données complémentaires – Leviers – Scénario de référence, juin 2025 & INSEE, “Projections de population 2021-2070 – Scénario de référence”, 29 novembre 2021 ]
Résumé en une phrase : une natalité faible – surtout si elle est combinée avec une immigration zéro – c’est une cata pour nos retraites.
Et c’est pas tout ! Les conséquences d’une natalité faible peuvent être bien plus larges.
Dans un pays en plein vieillissement, et avec de moins en moins de jeunes, on peut s’attendre à une société qui devient de plus en plus frileuse, une société moins dynamique, moins innovante et moins créative culturellement.
Ce basculement peut faire de notre pays une véritable gérontocratie, une “démocratie grisonnante” où les plus âgés décident de tout.
Aujourd’hui nos amis les + de 65 ans ans sont 17,5 millions c’est 22 % de la population.
Ils sont déjà plus nombreux que les 14,5 millions des jeunes actifs de 18 à 35 ans.
[ SOURCE : INSEE, “Bilan démographique 2025 – Figure 6.a”, 13 janvier 2026 ]

Avec une personne, une voix, les retraités pèsent déjà plus lourd que la jeunesse en 2025.
Et comme les plus âgés votent plus que les jeunes on comprend que notre système politique représente bien plus la France des clubs de bridge que celle des universités.
Si vous voulez comprendre comment cette “abstention différentielle” biaise notre démocratie, cette vidéo sur l’abstention est pour vous 🙂
Maintenant, imaginez une seconde le poids politique des plus âgés si leur poids dans la population passe de 22 à 29 % comme on l’imagine pour 2070 ? Les jeunes n’auront plus aucune influence politique.
[ SOURCE : INED, “La population de la France va-t-elle diminuer ?”, mars 2025, Annexe en ligne p.5 ]
Attention ! Si vous êtes retraité et que vous vous sentez visé. Ce n’est pas une attaque contre vous spécifiquement. D”abord, tous les retraités n’ont pas les mêmes idées – et certains sont bien conscients des problèmes des jeunes – mais surtout, quand je parle des vieux dans 30-40 ans, j’en ferai partie, si j’ai la chance de vivre jusque-là. Je m’inclue donc dans le futur problème de notre pays de vieux 🙂
Dans une France plus âgée, sans jeunes pour la titiller, on dira probablement que “c’était mieux avant”, on parlera probablement plus de sécurité et de préservation du patrimoine que de la précarité des jeunes et des places en crèche.
Les investissements d’avenir – comme la transition énergétique – pourraient être marginalisés dans une société tournée vers le passé.
Peut-être que pour construire un avenir durable, on a besoin de jeunes motivés.
Bref, la chute de la natalité pourrait avoir des conséquences si inquiétantes qu’il nous faut absolument comprendre ce qui est en train de se passer. Pourquoi les naissances chutent-elles depuis 2010 ? Et surtout : est-ce qu’on peut inverser la tendance ?
Avant de nous lancer dans ce programme ambitieux, il est temps de conclure cette vidéo.
Conclusion :
La baisse de la natalité, c’est un phénomène étrange, compliqué : une “méga tendance” qui – par certains côtés – peut rappeler le changement climatique.
Et oui : la baisse de la natalité reste longtemps invisible et ses conséquences prennent des décennies à se voir. Pourtant, comme pour le changement climatique, l’impact de la chute des naissances sur nos sociétés risque d’être massif, surtout si on reste dans le déni.
La France est longtemps restée une exception en Europe, le village gaulois qui résistait au déclin démographique, avec ses deux enfants par femme.
Cette exception française n’est pas un miracle, mais le fruit d’une volonté politique qui a sécurisé les familles et permis aux femmes d’avoir une carrière ET des enfants, plus facilement que chez nos voisines.
Mais aujourd’hui, ce moteur s’essouffle.
Depuis 2010, les femmes hésitent de plus en plus à se lancer dans le “premier enfant”.
A force de décaler toujours plus tard la première naissance, on commence à se heurter à un mur biologique. La PMA aide, mais elle n’est pas une solution miracle.
L’immigration peut aider à compenser une natalité basse, mais elle ne peut pas relancer le moteur. Les filles d’immigrés ont d’ailleurs autant d’enfants que les “super natives”.
Alors, pourquoi les femmes nées entre la fin des années 80 et le début des années 2000 passent-elles moins le cap du premier enfant ? Qu’est-ce qui a changé ?
C’est ce qu’on verra ensemble dans une prochaine vidéo. On prendra les principaux suspects – coût du logement, précarité des jeunes, éco anxiété, etc. – et on essayera de voir quelles explications sont crédibles, importantes, et quels discours sont bullshits, à côté de la plaque. Je vous préviens, c’est possible qu’on ait quelques petites surprises !
On regardera aussi s’il y a des leviers politiques pour relancer la natalité. Pas pour forcer les femmes à faire des enfants – bien sûr – mais pour permettre à celles qui en souhaitent de pouvoir en avoir autant qu’elles le désirent.