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INSCRIPTION PARIS 20 OCTOBRE
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I ) De l’énergie la plus chère à la moins chère
Peu de gens le savent, mais c’est un français, Edmond Becquerel, qui a découvert en 1839, il y a presque 200 ans, l’effet photovoltaïque, la capacité de la lumière à produire l’électricité.
Sacré famille les Becquerel, puisque Henri, le fils d’Edmond a découvert la radioactivité.

La première cellule photovoltaïque date de 1883. On la doit à l’américain Charles Fritts qui est aussi le premier à avoir installé un panneau solaire, c’était sur les toits de New York.
Oui oui, les premiers panneaux solaires datent de la fin du XIXème !!
[ SOURCES : Daniel Lincot – Cours au collège de France, “Histoire des technologies photovoltaïques (1839-2021) : presque deux siècles de découvertes, d’innovations, d’aventures humaines”, 2 février 2022 & Christine Blondel – Cours au collège de France “Edmond Becquerel et l’innovation technologique : la physique « appliquée aux arts et à l’industrie »”, 2 février 2022 & Bellingcat, “Untangling the Mystery of the World’s First Rooftop Solar Panel”, 16 août 2023 ]
A l’époque, on est encore dans une physique expérimentale : les chercheurs découvrent, testent, éprouvent les propriétés de matériaux nouveaux.
La “théorie” qui explique comment la lumière produit du courant est donnée par Einstein en 1905. Dans son article, il “espère que d’autres chercheurs en tireront profit”.
[ SOURCE : Albert Einstein, “Über einen die Erzeugung und Verwandlung des Lichtes betreffenden heuristischen Gesichtspunkt”; 1905 ]

Bien vu Albert ! C’est exactement ce qui s’est passé. En 1954, trois chercheurs de l’entreprise américaine Bell créent une cellule solaire à 6% puis bientôt 9% de rendement.
C’est grâce à ces premières cellules qu’on a pu à alimenter en électricité les premiers satellites.
[ SOURCE : Daniel Lincot – Cours au collège de France, “Histoire des technologies photovoltaïques (1839-2021) : presque deux siècles de découvertes, d’innovations, d’aventures humaines”, 2 février 2022 ]

On a eu du mal à le croire, mais Raphaël Domhjan, notre enthousiaste Suisse a réussi à mettre la main sur une de ces premières cellules solaires “Bell” vieilles de 70 ans”. Et il les a testées, elles fonctionnent encore.
Vous pouvez l’imaginez, ces premières cellules réservées au spatial étaient absolument hors de prix. Pour arriver à des panneaux solaires abordables il a fallu des années d’innovations scientifiques et industrielles. Pour nous raconter cette histoire, on est allé voir Christophe Ballif.

LUDO : Bonjour Christophe Ballif, Est ce que vous pouvez vous présenter succinctement pour nos auditeurs ?
BALLIF : Bonjour Ludo, je m’appelle Christophe Ballif. Je suis professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et je suis aussi conseiller scientifique pour le Centre suisse d’électronique de microtechnique spécialisé dans les énergies solaires, la transition énergétique, les batteries.
LUDO : Waouh ! Et ça fait combien de temps que vous avez commencé à vous intéresser aux panneaux solaires ?
BALLIF : 35 ans,
LUDO : Qu’est ce qui a changé entre le solaire de cette époque là et le solaire d’aujourd’hui ? “
BALLIF: Le marché du photovoltaïque s’est développé d’abord grâce au spatial, mais c’était un petit marché.
“On avait des cellules solaires qui faisaient On avait des cellules solaires qui faisaient quelques centimètres carrés, qui coûtaient des milliers de francs par mètre carré. Et aujourd’hui on a ce type de cellules solaires qui sont deux fois et demie plus efficaces et qui coûtent 1000 fois moins cher.
“Alors on est sur un marché où on développe des produits qui sont répétés et il y a ce qu’on appelle l’effet de volume. Les courbes d’apprentissage. Les entreprises faisaient des progrès et à force de produire de plus en plus, on s’améliore, on améliore les performances du produit, on essaie de gagner dans les coûts énergétiques de fabrication, dans l’utilisation de la matière première. Cette cellule solaire récente utilise dix fois moins de silicium que celle que je vous avais montrée avant. Et tout ça fait qu’on est capable d’arriver à des coûts de production extrêmement bas, comme pour tous les produits qu’on appelle de commodité”.
Au milieu des années 2000; un nouvel acteur fait une apparition fracassante sur le marché des panneaux solaires : la Chine.
BALLIF : “Dès 2006 2007, les Chinois ont commencé à s’équiper avec des lignes de fabrication qui étaient fabriquées par des entreprises allemandes qui livraient aussi bien les Allemands que les Chinois [ils ont bénéficié] aussi de beaucoup de financements venus, entre autres, des Etats-Unis pour essayer de lancer une industrie en Chine”
Et à partir de 2010, c’est les Chinois qui ont commencé à être les leaders de la production de masse de cellules et de panneaux photovoltaïques
Avec l’apparition de la Chine, les prix des panneaux solaires ont fondu comme neige au soleil. En 2004, Raphaël Domjan a installé une petite centrale solaire sur le toit de ses parents, pour alimenter le premier data center solaire de Suisse. A l’époque évidemment il ne s’agissait pas d’IA mais simplement d’envoyer quelques mails. L’effondrement des prix, Réphaël l’a vu de ses yeux : “
RAPHAËL DOMJAN : “Tu vois ce panneau, c’est un 125 watts et il coûtait à l’époque 2000 euros. Maintenant, un panneau de 500 watt tu l’achètes 100 euros.
C’est même moins cher que la tuile”
“Ça nous a semblé complètement dingue, mais c’est vrai. Le prix du panneau solaire moyen a été divisé par plus de 42.5 depuis 2009 – et ça tient compte de l’inflation.
[ SOURCE : IRENA, Renewable Power Generation Costs in 2024, Juillet 2025, Figure B3.1b p.91 ]

Résultat : alors que le solaire était encore l’électricité la plus chère y a à peine 15 ans, elle est devenue aujourd’hui la moins chère du monde.
[ SOURCE : Lazard, Levelized Cost Of Energy, Juin 2025, p.14 ]

Produire de l’électricité avec un champ de panneaux solaires coûte 25 % moins cher qu’avec une centrale au gaz et deux fois moins cher qu’avec une centrale au charbon.
C’est simple : y a que l’éolien qui tient la comparaison. Grâce à l’effondrement des prix du solaire, ce n’est plus une énergie chère et subventionnée, ça devient l’énergie des pays du Sud Global.”
2) Le PV énergie du Sud Global
“Pour comprendre le boom du solaire dans le Sud Global, je vous propose de changer de Suisse pour nous rendre dans le pays du père de Ludo, la “Suisse du Moyen Orient”, le Liban.
Qu’est-ce que le Liban a à voir avec la Suisse ? Alors oui, il y a bien le mélange des communautés, quelques stations de ski et des spécialités fromagères qui coulent – mais le vrai point commun, c’est le secret bancaire. Comme la Suisse, le Liban est un paradis fiscal.
Enfin, “était” parce que depuis l’explosion du port de Beyrouth en 2020 , la crise économique, et maintenant l’invasion israélienne, difficile de parler de paradis.
Le secteur bancaire s’est effondré. L’Etat – déjà fragile – a quasiment disparu et le secteur électrique est aussi parti en lambeau.

Les 12h d’électricité par jour que fournissait l’entreprise publique sont tombés à 4, 3 parfois moins de 2h par jour et avec l’inflation terrible que subit le pays, les générateurs privés au diesel sont devenus hors de prix.
[ SOURCE : Liban News, « Electricity: Lebanon at Multiple Speeds », accédé en septembre 2026 ]
Résultat : les Libanais ont installé des tas de panneaux solaires partout.

Que vous alliez à Beyrouth ou dans le moindre petit village de montagne, vous verrez des toits plein de panneaux solaires..
Et le Liban est loin d’être un cas isolé.
Dans les campagnes du Sierra Leone, les hôpitaux se protègent des coupures d’électricité grâce à des panneaux solaires qui, littéralement, sauvent des vies.
[ SOURCE : Cleaning Up Podcast – Youtube, “How Solar is Saving 100s of Lives in Sierra Leone, Ep204: Project Bo”, Avril 2025 ]

Au Pakistan le solaire – quasi inexistant en 2019 – produit aujourd’hui 28 % de l’électricité du pays grâce aux panneaux qui ont fleuri un peu partout sur les toits.
[ SOURCES : Année 2019 : Ember via Our World In Data, Share of electricity production by source – Pakistan & 2025 : EMBER, “The solarisation of Pakistan’s energy economy”, 25 juin 2026 ]
Vous retrouvez exactement le même genre de “ boom solaire” en Inde, au Kenya, en Ethiopie ou au Nigéria.
[ SOURCE : Energy Transitions Commission, “Energy Transition Monitor 2026”, Septembre 2026, p.78 & EMBER, “The take-off in African solar that official statistics can’t yet see”, Août 2026 ]
Facile à importer et à installer, peu chers et hyper pratiques, les panneaux solaires ont énormément de qualités. Couplé à des batteries au lithium dont les prix s’effondrent aussi – on y reviendra un peu plus tard – on a là une solution “clef en main” pour alimenter sa maison quand le système électrique défaille ou quand les prix s’envolent.
Dans de nombreux pays, les flambées des prix du pétrole et du gaz à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022 ou du fiasco de Trump dans le détroit d’Ormuz ont considérablement accéléré l’adoption de l’énergie solaire.
Et ça c’est une révolution par rapport à l’image “classique” du solaire. Celle d’une énergie chère et subventionnée, une énergie de pays riches, d’écolos, prêts à “surpayer leur électricité” pour sauver le climat. Je préfère vous prévenir, si vous avez encore cette image en tête, il est temps de la jeter à la poubelle :)”
Allez, j’ai un dernier exemple assez fou pour finir de convaincre tout le monde 🙂
3) 2025 : Tellement peu cher que Texas climatosceptique l’approuve: solaire “vert” devient solaire peu cher
Après la Suisse et le Liban, préparez-vous au changement d’ambiance, je vous emmène au Texas. Le Texas, c’est le royaume du pétrole, des ranchs et des cowboys. C’est un État américain qui vote républicain depuis plus de 40 ans et où Trump a écrasé Kamala Harris en 2024
[ SOURCE : Wikipedia, “2024 United States presidential election in Texas”, consulté en septembre 2026 ]

C’est aussi un État où les écoles désinforment depuis des années sur les causes du changement climatique.
[ SOURCE : Texas Tribune, “Texas board rejects many science textbooks over climate change messaging”, 17 novembre 2023 ]

Bref, vous m’accorderez que le Texas, c’est pas le paradis de Marine Tondelier.
Pourtant, le Texas est un des endroits du monde où on installe le plus de solaire aujourd’hui. Si le Texas était un pays, il serait le 7ème pays du monde qui, récemment, a installé le plus de centrales solaires
[ SOURCE : EIA, “Electricity Data Browser”, Août 2026 & IRENA, “Renewable energy statistics 2026”, Juillet 2026 – 7ème croissance mondiale “GW utility scale 2021-2024”. ]

Croyez bien que ça n’a rien à voir avec le climat : c’est juste que l’électricité solaire coûte tellement peu cher aujourd’hui que c’est le meilleur deal, comme diraient nos cowboys.
[ SOURCE : AIE, “Electricity Data Browser”, Août 2026 ]
Et ça change tout. Pour beaucoup, écologie rime encore avec sacrifice. Pourtant avec le solaire, on assiste à un basculement : ce qui est bon pour le climat devient bon pour le porte monnaie
C’est vrai, et on observe le même basculement ailleurs. Se chauffer avec une pompe à chaleur coûte moins cher qu’avec une chaudière au gaz, et dans les transports, rouler à l’électrique revient vite moins cher qu’à l’essence. De plus en plus souvent, le “bas carbone” devient moins cher que le pétrole ou le gaz !
Ce qu’ on vient de vous dire, on est encore très peu nombreux à en avoir conscience !
Pourtant, c’est une info qui devrait faire la Une de tous les JT : la baisse rapide des émissions de gaz à effet de serre devient un choix économique.
4) Résultat : la part du solaire dans l’électricité explose
Depuis la France, on ne le voit pas parce qu’on a beaucoup de nucléaire, mais dans le monde, le solaire est en train de conquérir l’électricité.
BALLIF : “le marché s’est développé à une échelle que la plupart des gens ne comprennent et ne réalisent pas. L’année passée, en 2025, on a installé pour plus de 650 gigawatts de panneaux solaires. […] c’est à peu près l’équivalent de 120 centrales nucléaires qui marchent 24 h sur 24.” [ SOURCE : BloombergNEF, Solar Set to Rule World’s Power Supply: Three Things to Know, 8 Juillet 2026 ]
Le professeur a raison, le solaire c’est vraiment l’histoire d’un petit nouveau – qui représentait quasiment rien y’a 10-15 ans – et qui se met à conquérir l’électricité mondiale.
Depuis 2010 : on a multiplié par 60 le nombre de panneaux solaires.
[ SOURCE : IRENA, “Renewable capacity statistics 2026”, Mars 2026 ]

Aujourd’hui, le solaire représente déjà 9 % de l’électricité mondiale – 11% en Chine, 13% dans l’UE.
[ SOURCE : EMBER, « Statistical Review of World Energy – 2026 », via Our World In Data, consulté en septembre 2026 ]

Y’a qu’à regarder les courbes, avec de telles croissances, le solaire va devenir le roi de l’électricité.Et on n’est pas les seuls à le dire. L’agence internationale de l’énergie prévoit qu’en 2035, le solaire produira déjà entre un quart et un tiers de l’électricité mondiale.

C’est fou : 2035, c’est dans même pas 10 ans !
C’est d’autant plus impressionnant que ces estimations pourraient être trop pessimistes.
Pourquoi ? Parce que, pour le moment, la croissance de l’énergie solaire a toujours dépassé – et de loin – les anticipations publiées chaque année par l’Agence internationale de l’énergie.

Alors, ça y est, on peut s’arrêter là ? C’est plié ? Merci Raphaël, merci professeur Ballif, les panneaux solaires performants et pas chers vont conquérir le Liban, le Texas et, bien sûr, le MOONNDE !!!
Euh oui, c’est génial, mais cette révolution solaire a quand même un prix dont il faut qu’on parle : la domination écrasante d’un acteur : la Chine.
5) L’ogre chinois
Dire que la Chine écrase le marché mondial du solaire n’est pas une exagération.
La Chine contrôle près de 80 % des capacités mondiales de production de panneaux solaires, 90% de la production des cellules (qu’on assemble pour faire un panneau) et même 97% des wafers, les fines feuilles de silicone purifié avec lesquelles on produit les cellules.
[ SOURCES : AIE, “Renewables 2025 – China’s share in global PV manufacturing capacity, 2018-2030”, Octobre 2025, p. 89 & AIE, “Energy Technology Perspectives 2026”, mars 2026, p. 273 & (Illustrations) EnergyProjects – Youtube, “How China Made Solar Power So Cheap It Broke the World”, Octobre 2025 ]

Et cette domination chinoise s’étend jusqu’aux matériaux.
Un panneau solaire c’est surtout du verre, du silicium et de l’aluminium, des matériaux parmi les plus abondants sur terre. Aujourd’hui on ajoute une pincée d’argent mais on pourrait très
bien remplacer l’argent par du cuivre donc on a aucun problème de “rareté” des matériaux.
[ SOURCE : IEA Photovoltaic Power Systems Programme (PVPS), “Life Cycle Inventories of Photovoltaic Systems – 2026 – Task 12”, Juillet 2026, p.47 – Panneau mono-Si, TOPCon ]

Par contre, pour faire une cellule solaire, il faut du silicium pur à quasi 100 % et dans cette industrie du raffinage du silicium, la Chine est hégémonique.
[ SOURCE : AIE, “Renewables 2025 – China’s share in global PV manufacturing capacity, 2018-2030”, Octobre 2025, p. 89 ]
BALLIF: “La Chine a été très forte pour mettre en place, comme dans toutes les industries, des capacités de raffinage énormes. Donc c’est la Chine qui raffine aussi le silicium, une bonne partie de l’argent qui est utilisé dans les cellules solaires.“
L’hégémonie chinoise sur chaque étape de production de l’industrie solaire est donc absolument indéniable.
Qu’en penser ? On a posé la question au professeur Ballif :
BALLIF : “Bon alors une très bonne question. C’est vraiment à double tranchant. Donc d’un côté, les Chinois ont fait quelque chose d’incroyable ils ont développé des lignes de production pour les panneaux solaires, cellules solaires, les panneaux solaires pour les batteries pour les éoliennes, à un niveau qui permettrait, si on commence à installer ce qu’on devrait installer demain, de faire la transition énergétique en 25 ans.
Les Chinois ont investi plusieurs centaines de milliards de dollars en deux ou trois ans dans la période du Covid pour fabriquer ça.
Ils seraient capables de fabriquer 1500 gigawatts de panneaux solaires par année, des batteries pour 100 millions de véhicules par année.
Donc on peut dire merci la Chine. C’est les seuls qui sont capables de “sauver le monde”, entre guillemets, du réchauffement climatique”.
C’est vrai qu’il ne faut jamais oublier ce côté positif : la Chine permet au monde de se passer, pour pas cher, des énergies fossiles qui détruisent le climat.
Mais côté négatif, est-ce que notre transition énergétique c’est pas faire des énormes chèques aux industriels chinois ?
Alors oui mais faut nuancer. Déjà; j’ai un scoop pour vous : le pétrole et le gaz ça ne pousse ni en Bretagne ni dans le Jura, donc enrichir d’autres pays pour notre énergie, on fait ça depuis plus 50 ans et en France, ça coûte, grosso modo, 80 milliards par an.
[ SOURCE : SDES, “Séries longues du bilan énergétique provisoire de la France en 2025”, 22 avril 2026 – Facture moyenne fossiles (incl. produits raffinés) 2022-2025 = 78 milliards d’€2025 ]
Mais surtout, dans le solaire il ne faut pas surestimer la valeur qui remonte à la Chine.
En faisant nos recherches, on est tombé sur un chiffre qui nous a surpris et, je dois dire, un peu rassuré.
Dans une ferme solaire en France, les panneaux solaires ne représentent même pas 30% de la valeur. Le reste des coûts c’est les connecteurs auxiliaires et l’onduleur, l’installation et les coûts financiers et commerciaux.

Ça signifie que, même en utilisant des panneaux 100% chinois, autour de 70 % de la valeur pourrait rester en Europe. Si on compte en emploi, la part augmente encore.
Mais le problème c’est pas tellement la valeur, c’est la dépendance stratégique aux cellules chinoises”
Alors, que se passerait-il si la Chine décidait de couper les vannes de la chaîne d’approvisionnement solaire ? Aujourd’hui, c’est peu probable – l’industrie solaire chinoise pourrait fournir presque 2 fois la demande mondiale de panneaux solaires, donc ils ont plutôt besoin de les vendre.
[ SOURCE : AIE, “Renewables 2025”,Octobre 2025, p.83 & Energy Transitions Commission, “Energy Transition Monitor 2026”, Septembre 2026, p.10 ]

Mais surtout il faut comprendre que notre vulnérabilité à la Chine sur le solaire est beaucoup moins importante que notre vulnérabilité actuelle face aux pays fournisseurs d’énergie fossile.
Le pétrole ou le gaz on en utilise tous les jours. Si l’approvisionnement vient à manquer, ne serait-ce que quelques semaines ou quelques mois, l’économie française peut se retrouver au tapis. Un panneau solaire, une fois que vous l’avez installé, il produit de l’électricité pendant 25-30 ans sans rien demander à personne. Se fâcher avec un fournisseur n’a donc absolument pas le même impact sur notre économie.
C’est rassurant mais pour limiter notre exposition au bon vouloir des entreprises chinoises, on pourrait rapatrier une partie de la production de panneaux solaires en Europe ou dans des pays “amis”. C’est d’ailleurs l’avis de Christophe Ballif
CHRISTOPHE BALLIF : “On pense, comme tous les scientifiques, qu’on doit garder un peu de production en Europe. Pas le 100 %, mais gardons déjà juste un 20 % de production en Europe. Garder le savoir faire pourrait être essentiel en cas de gros conflits. Savoir faire des panneaux, savoir faire des batteries, etc. Dans tous les domaines, on devrait faire ça si on parle de résilience ici.”
Combien ça coûterait, cette résilience supplémentaire ? Selon l’AIE, un panneau 100 % européen serait 2.08 fois plus cher qu’un panneau chinois.
[ SOURCE : AIE, “Energy Technology Perspectives 2026”, Mars 2026, Figure 7.24, p.334 ]

Dit comme ça, ça fait peur, mais comme le panneau représente moins de 30 % (27%) du coût de l’installation, si on a 20% de panneaux solaires made in Europe, ça n’augmenterait notre coût total du solaire que de 6 %. Bref, rien d’insurmontable.

Et si on produit vraiment 20% des panneaux solaires intégralement en Europe, c’est pas interdit non plus qu’avec le temps et les volumes, nos industriels s’améliorent, et que le coût se rapproche de celui des Chinois 🙂
En menant notre enquête en Suisse, on est tombé sur une info qui a complètement changé notre manière de voir ce fameux “risque chinois”.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la plus grande vulnérabilité stratégique vis à vis de la chine, ce n’est pas tellement dans les panneaux solaires. Elle se trouve dans un petit objet qui permet de les faire fonctionner : l’onduleur.
L’onduleur, c’est l’appareil qui gère et répartit l’électricité qui arrive du panneau solaire : combien on injecte dans le réseau, combien on stocke dans une batterie ou combien on consomme chez soi. C’est un peu le cerveau de l’installation solaire, sans lui, vous ne pouvez quasiment rien faire de l’électricité produite par le panneau.
80 % des onduleurs qu’on installe en Europe viennent d’entreprises chinoises
[ SOURCE : Wood Mackenzie, “Ban on inverters from high-risk countries, led by China, to affect 14% of EU solar demand through 2030”, Juillet 2026 ]
En quoi cela peut poser problème ? Nous avons demandé au professeur Ballif
CHRISTOPHE BALLIF : “C’est généralement des choses qu’on peut aussi contrôler à distance. […] on lui dit : produis un peu moins, hop, les panneaux solaires s’échauffent un petit peu plus, mais on contrôle très bien la production.
Par contre, là il y a de l’électronique et il y a souvent des informations qui transitent via la Chine, que ce soit des informations de production, voire même parfois des firmware upgrades, des mises à niveau d’électronique, etc qui sont lancées depuis la Chine.
En soi-même, ce n’est pas un problème. Mais évidemment, ça veut dire que de manière peut être cachée, il pourrait y avoir des tentatives chinoises de tout à coup de couper la production de certains onduleurs en Europe. Et maintenant qu’on va avoir des centaines de Gigawatts, donc des équivalents en puissance énormes, et ça pourrait être critique.”
Ouais, c’est pas rigolo. Si la Chine peut couper à distance les onduleurs, elle a la capacité de déclencher des blackout – des coupures totales des réseaux électriques européens. Bref, la cata.
[ SOURCE : EU Institute for Security Studies, “The dragon in the grid: Limiting China’s influence in Europe’s energy system”, Janvier 2026 ]
Est-ce que c’est de la science-fiction ? Pas du tout. La Commission européenne prend ce risque très au sérieux. Siobhan McGarry, porte-parole de la Commission européenne, a déclaré dans une conférence de presse le 4 mai 2026 (1min56 et sq.) :

Évidemment, rien ne dit que cette faille sera exploitée – ni par le gouvernement chinois ni par des hackers malveillants – mais elle existe et fait peser un réel danger sur nos systèmes électriques.
La Commission européenne a donc décidé de réserver les financements européens aux projets de panneaux solaires, d’éoliennes ou de batteries qui n’utilisent pas d’onduleurs issus de pays à risque – comprendre – de Chine.
[ SOURCE : Le Monde, “Energies renouvelables : l’Union européenne arrête de financer les onduleurs chinois”, 5 mai 2026 ]
Ça tombe bien, parce que les derniers fabricants européens d’onduleurs – comme SMA ou KOSTAL – ont bien besoin d’être soutenus pour ne pas succomber à la guerre des prix chinois.
Et avec les onduleurs, c’est justement dans ces “à côté” du panneau solaire que l’Europe a une carte à jouer face à la Chine. On a appris en Suisse que l’innovation trouvait des chemins pour le moins surprenants.
Nous avons vu :
- Des panneaux solaires qui ressemblent à des photos,
- Des panneaux solaires parfaitement blancs
- Des panneaux solaires en carton – pour diminuer les coûts d’installation et les émissions de gaz à effet de serre.
- Des panneaux hyper léger
- Des tuiles solaires pour les bâtiments historiques.
- Des serres avec des panneaux solaires.
- Des panneaux, vraiment, incassables.
- Des panneaux solaires installés entre des rails de train.
Ces exemples d’innovations tous développées autour du lac de Neuchâtel montrent bien qu’à côté des composants chinois extrêmement peu chers, il y a de la place pour de la valeur et de l’innovation en Europe..
Ok, le solaire c’est pas cher, ça explose un peu partout, la dépendance à la Chine faut faire attention, mais c’est pas un problème décisif. On dirait qu’on a trouvé une solution presque miracle : la Lumière vient du soleil super mais il reste un immense point (pause) noir avec notre soleil : c’est la nuit.
6) L’intermittence, défaut fatal ?
Oui, les panneaux solaires ne produisent pas la nuit ! La production suit une courbe en cloche qui monte progressivement le matin, atteint son maximum à la mi-journée et descend doucement jusqu’au coucher du soleil.

Certaines consommations électriques ont le même genre de profil que cette “cloche solaire” comme la consommation des bureaux ou la climatisation par exemple. D’autres consommations peuvent être décalées à ce moment-là. On peut programmer son lave-vaisselle, son lave linge, son chauffe-eau ou encore charger un véhicule électrique quand le solaire produit, ça ne pose aucune difficulté.
Mais quand on aura décalé toutes les consommations qui peuvent l’être sans nous gêner, on aura quand même besoin d’électricité la nuit. Comment on va faire ?
D’abord, il n’y a pas que le solaire dans la vie. Les éoliennes, les barrages, les centrales nucléaires, toutes ces sources d’électricité bas carbone peuvent produire la nuit. Ils sont complémentaires du solaire.
Mais y’a une autre solution pour avoir de l’électricité la nuit : coupler l’énergie solaire à des batteries.
Tous les experts s’accordent là-dessus, même Jean-Marc Jancovici, qui a beaucoup critiqué l’intermittence des énergies renouvelables.
[ SOURCE : Clément Viktorovitch – Youtube, “Canicule, IA, détroit d’Ormuz : le regard amer de Jean-Marc Jancovici – FIGURES”, publiée le 29 Juin 2026, 78ème minute ]

Et on a une super nouvelle : le prix des batteries s’est tellement effondré que dans de nombreux pays ensoleillés- comme le Brésil, l’Inde ou les Etats-Unis, un système aussi simple que “panneau solaire + batterie” peut produire de l’électricité – de jour comme de nuit – à des prix compétitifs ou inférieurs aux centrales fossiles.
[ SOURCES : BNEF, “Battery Storage Costs Hit Record Lows as Costs of Other Clean Power Technologies Increased: BloombergNEF”, Février 2026 & Energy Transitions Commission, “Energy Transition Monitor 2026”, Septembre 2026, p.13 ]

CHRISTOPHE BALLIF : Maintenant, vous voyez par exemple, il y a eu des projets dans les émirats qui sont en train d’être construits. On met 5 GW de panneaux solaires, on met 19 GWh de batterie et avec ça, vous êtes capables de faire du 1 GW continu comme une centrale nucléaire.
Mais en plus, vous pouvez donner un peu plus, vous avez cette flexibilité des batteries et tout ça pour 6 milliards de dollars d’investissement, 5 milliards d’euros. Et installé en une année et demie..
[ SOURCES : PV Magazine, Larsen & Toubro one of preferred EPC partners for 5 GW/19 GWh solar-plus-storage project in Abu Dhabi, 27 Janvier 2025 & (Illustrations) MASDAR – Youtube, “#PowerToChange | Developing the World’s First Gigascale 24/7 Solar and Battery Storage Project”, Octobre 2025 ]
L’effondrement du prix des batteries qui permet de déplacer la production, c’est la révolution dans la révolution du solaire.
Merveilleux, problème réglé ? Non toujours pas. Il y a un autre problème avec le solaire : la variation de production entre les saisons. Près des tropiques, le solaire produit bien toute l’année, mais plus vous vous éloignez de l’équateur, plus la différence d’ensoleillement entre l’hiver et l’été est importante. Et pour ce problème du “stockage d’électricité” entre les saisons, Jean-Marc Jancovici est catégorique :
[ SOURCE : Clément Viktorovitch – Youtube, “Canicule, IA, détroit d’Ormuz : le regard amer de Jean-Marc Jancovici – FIGURES”, publiée le 29 Juin 2026, 78ème minute ]

C’est vrai qu’il n’y a aucune solution UNIQUE qui gommera les variations de productions solaire ou éolienne à l’échelle des saisons.
Des pistes existent, comme le stockage sous forme d’hydrogène, mais c’est très cher et, faut le reconnaître, encore très incertain. Une solution serait de garder une bonne dose d’électricité nucléaire : ça aide grandement à passer l’hiver.
Imaginons la situation la plus difficile : une France qui veut une électricité 100 % renouvelable mais qui échoue à cause de ce problème intersaisonnier. et se retrouve obligé d’utiliser des centrales à gaz en hiver quand il n’y a pas assez de soleil et pas assez de vent. Combien ça représenterait de gaz ?
RTE, le gestionnaire du réseau électrique l’a calculé, donc on peut vous donner le chiffre : même pas 1.5 % de la production électrique annuelle de la France. Soit deux fois moins que les 3% de gaz qu’on utilise aujourd’hui.
[ SOURCES : RTE, Futurs Énergétiques 2050, Rapport complet publié en février 2022, Version préliminaire dès le 25 octobre 2021, Annexes – Bilan Energétique “M23 Réf – Offre hydrogène 2060”, 11.2 TWh / 771 TWh = 1.5% & RTE, “Bilan énergétique 2025 – Production”, Mars 2026, Figure 2.2 p.22 – 16.4 / 547.5 TWh = 3% ]

Donc oui, les panneaux solaires produisent moins en hiver, et c’est un vrai défi pour le système électrique. Mais il ne faut pas exagérer la marche à franchir. Si on a un système électrique à 98,5% renouvelable , c’est déjà très bien.
Du coup, l’intermittence, ça reste un vrai défi si on veut aller vers du 100% renouvelables, surtout dans les pays avec un vrai hiver, mais c’est plus du tout le “game over” que beaucoup imaginaient encore il y a quelques années, nous y compris.
Conclusion :
Technologie d’abord hors de prix et réservée aux satellites puis aux pays riches, le solaire est devenu, grâce à des prouesses d’innovation, de politique industrielle et de baisse des prix, une de nos meilleures armes pour sortir des énergies fossiles sans nous appauvrir.
Dans les prochaines décennies, le solaire est en route pour devenir l’énergie reine de l’humanité.
BALLIF : Bien sûr, on aura besoin d’un peu de biomasse, de l’hydraulique, etc. Voire même du nucléaire, mais qui ne peut arriver qu’en deuxième ordre par rapport à ce remplacement gigantesque de ce système fossile qui a été développé au cours des 100 dernières années et qui est toujours 80% de la consommation énergétique mondiale.
LUDO Donc la clé, c’est massifier les énergies renouvelables, principalement le solaire et aussi l’éolien, à des prix assez faibles pour qu’elles fournissent l’électricité suffisante pour électrifier plein d’usage électrique des procédés industriels, chauffage, etc.
BALLIF On peut faire le calcul, il n’y a pas d’autre solution. On peut le faire dès maintenant parce que, entre autres, les Chinois ont mis en place ce qu’il fallait pour pouvoir produire tout ce dont on a besoin au niveau énergétique. On n’a pas dit que ce soit eux qui produisent tout. Mais on peut commencer demain”
Cette transition est déjà en train de se produire. En Europe, en Chine, mais aussi au Liban, au Pakistan, en passant par l’Inde et même le Texas, l’électricité solaire s’impose. Elle éteint des générateurs diesel, remplace des centrales au gaz et alimente des voitures ou des camions électriques.
Aujourd’hui, on a mis le projecteur sur le solaire. Mais ces dernières années, il y a aussi eu des progrès incroyables sur les batteries, les éoliennes, les pompes à chaleur. Pour toutes ces technologies, les prix fondent et elles deviennent peu à peu MOINS chères que nos vieux objets au pétrole, au charbon et au gaz.
[ SOURCES : (Éolien terrestre) : IRENA, “Renewable power generation costs in 2025”, Juillet 2026, Figure 2.3 p.45 ]
Limiter le changement climatique et éviter des futurs étés à 50° c’est aujourd’hui possible techniquement, et c’est même rentable économiquement. Le véritable obstacle en réalité il est politique.
Par contre, sortir enfin des énergies fossiles ne fera pas que des heureux. Les industries du charbon, du pétrole et du gaz se défendent et, là, les énergies renouvelables comme le solaire ont un gros désavantage.
BALLIF : “Des compagnies qui fabriquent des panneaux solaires, des batteries, des éoliennes, elles se font une guerre commerciale, elles font très peu de bénéfices, donc elles n’ont pas l’argent et n’ont pas ces centaines de milliards de profits pour faire du lobbying.
Alors que les compagnies pétrolières, la plupart d’entre elles, c’est tout. Mais qu’est ce qu’elles rigolent ! Elles ont des centaines de milliards de profits qui leur permettent de payer les gouvernements, entre autres les partis plutôt situés sur l’extrême-droite.”
Face aux ennemis du climat, il est temps de sortir du défaitisme. Malgré Trump, malgré les lobbies, le monde est déjà en train de changer. Avec nos votes, nos discussions, nos mobilisations, on a tous un rôle à jouer. Soyons la force qui amplifie et accélère cette révolution et alors, rien ne pourra lui résister.
Ce documentaire et toutes les infos qu’il contient, c’est notre contribution. Merci à Planet Solar qui l’a rendu possible. Maintenant, on compte sur vous.
Mais avant de terminer on a une petite annonce à vous faire : la vidéo-docu que vous venez de voir va être projetée lors de deux avant-première ouvertes au public.
Le mercredi 7 octobre en Suisse, à Yverdon-Les-Bains et le mardi 20 octobre à Paris, dans la magnifique Maison de l’Océan dans le 5ème arrondissement.

L’entrée est gratuite, mais il faut s’inscrire – et plutôt rapidement – parce qu’il y a un nombre de places limité. Scannez le QR code ou allez voir l’article en source, y’a toutes les infos On vous l’annonce d’abord à vous, les abonnés Osons Comprendre, et dans quelques jours on en parlera sur Osons Causer.
Donc si ça vous dit de venir échanger après la projection, n’hésitez pas à réserver votre place avant qu’il n’y en ait plus 🙂 Et pour celles et ceux qui habitent trop loin ou qui sont pas dispo en semaine à 17h30, j’espère qu’on aura une autre occasion de se voir bientôt !
Vous l’avez remarqué, c’est une vidéo un peu spéciale, la première qu’on tourne à deux, “en extérieur”, avec des interviews, un peu comme un docu, on espère qu’elle vous a plu ! Dîtes-nous en commentaire ce qu’on pourrait améliorer parce que si ça vous plait, on pourrait en faire d’autres 🙂