L'origine du conflit : de l’invention du sionisme à la création d’Israël - Osons Comprendre

L'origine du conflit : de l’invention du sionisme à la création d’Israël

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Israël vs. Palestine, ce conflit semble éternel. Pourtant, au début du XXème, Juifs et Arabes vivaient en paix depuis des siècles, dans une Palestine qui n'abritait que 0.3% des Juifs du monde. Cette vidéo explore l'invention de sionisme, la colonisation juive en Palestine avec les Anglais, jusqu'à la création d'Israël et la guerre de 1948-1949.

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Points clés

  • L’histoire de la Palestine contemporaine va nous amener à répondre à deux questions. Comment un État juif a-t-il été créé dans une région qui, en 1880, ne comptait que 5% de Juifs et rassemblait à peine 0.3 % des juifs du monde entier ? Et comment Juifs et arabes, deux communautés qui vivaient en paix depuis des siècles, se sont retrouvées embarquées dans un conflit à présent séculaire ?

 

  • Le moteur qui a abouti à la création d’Israël est le mouvement sioniste. Ce mouvement nationaliste juif inventé en Europe à la fin du XIXème siècle, imaginait établir un foyer national puis un État juif en Palestine. De pogroms en pogroms, ce mouvement nationaliste – inspiré des nationalismes de l’Europe centrale et orientale – a séduit de plus en plus de Juifs européens qui, au lieu d’émigrer vers les États-Unis, se sont réfugiés en Palestine ottomane.

 

  • Cette région de l’empire ottoman, les Empires français et britanniques la convoyaient ardemment. Pour se tailler une plus belle part que celle prévue par les accords de Sykes-Picot, les Britanniques ont promis au mouvement sioniste de favoriser l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. C’est la déclaration Balfour de 1917. C’est elle qui servira de base au mandat sur la Palestine que la toute jeune Société des Nations accordera aux Britanniques en 1922. La communauté internationale a donc décidé de faire de la Palestine une colonie de peuplement pour le mouvement sioniste sous le patronage des britanniques.

 

  • A partir du mandat britannique, l’immigration juive en Palestine est favorisée. Les Juifs qui ne représentaient que 5% de la population en 1880 en représenteront 33% en 1947. Cette immigration massive ne s’est pas faite sans heurts ni tensions. Dans les années 1920 d’abord puis, surtout, lors de la grande Révolte Arabe de 1936-1939, les arabes de Palestine ont manifesté leur mécontentement face à ces nouveaux venus qui peuplaient leurs terres. Des émeutes anti juives ont rompu des siècles de relations pacifiques, des grèves générales et des escarmouches s’attaquaient à la puissance coloniale britannique, responsable de la situation. Les Juifs ont organisé des milices d’auto-défense, certaines régulières et d’autres terroristes, nourrissant ainsi les premiers cycles de violences entre Juifs et Arabes.

 

  • La seconde Guerre Mondiale est une nouvelle rupture. La Shoah marque les esprits, les Européens se sentent coupables d’avoir abandonné des millions de Juifs à l’horreur nazie. L’air est à la décolonisation, favorisée tant par la toute jeune ONU que par les Soviétiques. Les Britanniques, exsangues après un effort de guerre terrible, cherchent à se désengager de la Palestine qui, en 1948, leur coûte autant de dépenses militaires que l’Empire tout entier. Tout concorde donc à l’indépendance de la Palestine. Mais pour cela, il faut partager la terre entre Juifs et Arabes.

 

  • C’est l’ONU qui s’y colle en dépêchant une mission sur place. Après avoir consulté toutes les parties (sauf les arabes palestiniens qui boycottent) la mission aboutit à un plan de partage à deux États. L’État juif est défini positivement, à partir des peuplements juifs alors que l’État arabe est défini négativement : seront arabes les parties de la Palestine où les Juifs ne se trouvent pas. Conséquence démographique : 10 000 Juifs vivent dans l’État arabe et plus de 400 000 Arabes vivent dans l’État juif; la moitié de la population du futur État. Les Arabes refusent ce plan de partage. Mais qu’à cela ne tienne, comme en 1922, c’est la communauté internationale qui a le dernier mot, les habitants ne sont pas consultés. Le vote a lieu à la fin novembre 1947 : l’Assemblée générale de l’ONU adopte à la majorité des deux tiers le plan de partage de la Palestine en deux États. Fait notable : aucun État ayant connu un épisode colonial récent n’a voté en faveur de ce plan, plan plébiscité par les puissances occidentales et par l’Union Soviétique.

 

  • Immédiatement après le vote, une guerre civile – faite d’émeutes, d’attentats et d’escarmouches – éclate entre Juifs et Arabes de Palestine. Une meilleure organisation et un armement moderne venu de Tchécoslovaquie soviétique permettent aux Juifs de prendre l’avantage. Au retrait britannique en mai, les puissances arabes voisines viennent en aide aux Palestiniens et attaquent Israël. Le manque de coordination des armées arabes et leurs buts de guerre parfois contradictoires permettent à Tsahal, l’armée de l’État fraîchement indépendant d’Israël d’emporter la victoire. Alors que les Juifs ne contrôlaient que 8% du territoire de la Palestine mandataire, à l’issue de cette première guerre israélo-arabe, Israël a la main sur près de 80% du territoire. Chez les Arabes, cet événement prend le nom de Nakba, la catastrophe, au cours de laquelle 750 000 réfugiés ont dû abandonner leurs maisons et se sont vus privés par Israël de tout droit au retour.

Sources et références

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Bibliographie organisée

Les ouvrages : 

  • La somme magistrale d’Henry Laurens, professeur au collège de France : La question de Palestine. Les 3 premiers tomes nous intéressent pour la vidéo du jour. Leur référence ici :

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007

 

  • L’ouvrage introductif de Nathan Weinstock, Terre promise, trop promise – genèse du conflit israélo-palestinien, 1882-1948, 2011

 

  • L’ouvrage de Charles Enderlin consacré aux rôles de l’Irgoun et du Stern dans le projet sioniste : Par le feu et par le sang : le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël, 1936-1948, 2008.

 

Si vous souhaitez télécharger des ouvrages difficilement accessibles (ou non), ce site collaboratif des Archives d’Anna aux 125 millions de références gratuites pourra vous être utile.

 

Les vidéos : 

  • Deux conférences synthétiques d’Henry Laurens :

“Israël-Palestine : la paix impossible” : https://youtu.be/4XSBHjfcvkU?si=rBnK3dkitIJSXkhk

“La question de Palestine” : https://www.youtube.com/watch?v=3tHFnJ8FXQo

 

D’une manière générale, les conférences de l’IREMMO sont toujours précieuses et accessibles : https://www.youtube.com/@iReMMO/videos

Citons en particulier cet entretien de l’IREMMO au titre provocateur de Sylvain Cypel : “L’Etat d’Israël contre les Juifs” : https://youtu.be/7b_7IgNHClg?si=N7_ou_Ku93tk2ghB

 

  • Trois vidéos « à thèse ».

Une vidéo “à thèse” de l’histoire longue d’Israël depuis le point de vue sioniste (en VOST) : https://www.youtube.com/watch?v=XNf40sBcvKk

Et le point de vue opposé : https://www.youtube.com/watch?v=JnVtpgCNLA8

La vidéo de la jeune chaîne décoloniale “Histoires Crépues” sur l’origine coloniale d’Israël. Il s’agit d’une vidéo “à thèse” mais qui permet de s’introduire au point de vue décolonial sur ce conflit https://youtu.be/iQH22pqOdDQ?si=ImbTqlOWRxpT7iPP

 

Podcasts : 

 

  • Série France Culture : “Histoire du conflit israélo-palestinien – 4 vidéos”. Ecouter en particulier la première : Avant l’État d’Israël, le sionisme et le peuplement de la Palestine (1/4) : https://www.youtube.com/watch?v=KQprnDlXIi8

 

Sources citées dans la vidéo

 

Voici les sources citées dans la vidéo, dans l’ordre d’apparition et organisés par thèmes. La pagination des livres est le plus souvent celle du fichier Pdf.

 

=> Sur la population juive dans le monde et en Israël :

DellaPergola, Some Fundamentals of Jewish Demographic History, in Evan (dir.) Papers in Jewish Demography 1997, 2001, Table 2 p.10

Youssef Courbage, Les Juifs dans l’Empire ottoman jusqu’à la déclaration Balfour (1917), 2018

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999,  pp 103 et 118

McCarthy, The population of Palestine, 1990, Table 2.3 p.26.

https://public.flourish.studio/visualisation/16038248/

https://public.flourish.studio/visualisation/15908781/

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.992

 

=> Sur les Pogroms européennes :

Th. Chopard, “Les Pogroms”, Notice dans l’Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, Sorbonne Université, 2020

Werth, “Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (1918-1921)”, Sciences Po, 2009

Jeffrey Veidlinger Au milieu de l’Europe civilisée : les Pogroms de 1918-1921 et le début de la Shoah, 2021

 

=> Sur l’invention de l’hébreu moderne :

Baudy, Le Monde, “Renaissance de l’hébreu”, 10 juin 1965

Musée d’art et d’histoire du judaïsme

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 296-299 et 256

 

=> Les rabbins contre le sionisme :

Collu Moran, “Le sionisme et le retour à la terre”, Transversalités, 2011

 

=> La déclaration Balfour :

Paul Delmotte, “Le centenaire de la déclaration Balfour”, Orient XXI, 16 octobre 1917

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 539-541

 

=> La SDN le mandat pour la Palestine et la “Mission sacrée de civilisation”

Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920, Voir en particulier : Considérant §3 et articles 2, 6 et 11

Secrétariat de la SDN, “Pacte de la Société des Nations”, 28 juin 1919, Article 22

 

=> Les angles morts du mandat

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 1009-1010, 1023-1024

David Grossman, Rural Arab Demography and Early Jewish Settlement in Palestine, 2011, Partie 2

 

=> Les origines de l’immigration juive en Palestine

De Vaumas, “Les origines de l’immigration juive en Palestine”, Annales de géographie; 1954

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.457

Le Monde, Jean Pierre Filiu, “Il y a 90 ans, le « transfert » négocié de juifs allemands vers la Palestine”, 6 août 2023

 

=> L’antisémitisme en Palestine et au proche orient.

Hillel Cohen, 1929 the Year Zero of the Israeli-Arab conflict, 2015, pp.13-15

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.277

Émission avec l’historien Vincent Lemire sur France Inter, “1917, la promesse trahie – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit”, (à partir de 10min28), 27 octobre 2023

Moshe Gat, The Jewish Exodus for Irak 1948-1951, 1997, pp.18-19, cité par Ari Alexander, “The Jews of Baghdad and Zionism: 1920-1948”, Thèse de Master à l’Université d’Oxford, 2003

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.306

George Bensoussan, “La haine du sionisme dans le monde arabe”, Conférence de présentation de l’ouvrage “Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975”, 2013

 

=> La grande révolte arabe de 1936-1939

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp 662-664 et p.667

 

=> Les attentats contre les Britanniques

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 904 et sq., p.1036

 

=> Le choc de la Shoah

Abitbol, Histoire des Juifs : de la Genèse à nos jours, 2016, p 512

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.686

Catherine Nicault, “La Shoah et la création de l’État d’Israël : où en est l’historiographie ?”, Les cahiers de la Shoah, 2002

 

=> Les intérêts britanniques en Irak et en Iran

Henry Laurens, Cours au collège de France 2019 – Les crises d’Orient, l’hégémonie britannique 1926-1956 – Diffusé sur Radio France en 16 épisodes, Episode 13 “L’échec britannique en Egypte et en Irak”

 

=> Les camps d’internement pour réfugiés juifs à Chypre

Exposition Alyah Beth, les départs clandestins des Juifs depuis la France vers la Palestine entre 1945 et 1948 – Mémorial de la Shoah

 

=> Le plan de partage de l’ONU

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.995-996, 1008-1022, 1026-1031

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.43

 

=> Les transferts de population

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.584

Ian Talbot, “The 1947 Partition of India” in The historiography of genocide, 2008

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.43

France Culture, “1947, un partage et une colère – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit Episode 3”, Entretien du 27 octobre 2023 avec Vincent Lemire

 

=> La guerre civile de 48

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp 76, 79-80 et 85-87

 

=> La guerre israélo-arabe

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1018

 

=> La Nakba

France Culture, “1947, un partage et une colère – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit Episode 2”, Entretien du 27 octobre 2023 avec Vincent Lemire

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.272

Henry Laurens, “Israël – Palestine, la paix impossible”, Conférence à l’IREMMO, 11 décembre 2015, minutes 22-23

ONU, “Résolution 194 – (III) Palestine : Rapport intermédiaire du médiateur des Nations Unies”, 11 décembre 1948, Article 11

De Wangen, “Le droit au retour des réfugiés”, Confluences Méditerranée, 2008

 

 

 

Le script en version intégrale – NON EDITÉ , Coquilles possibles

 

Introduction

 

Israël. Palestine. Ce conflit dure depuis longtemps, trop longtemps.

 

Il disparaît par moment des radars du monde, mais à chaque nouvelle vague d’affrontements, à chaque intifada, à chaque nouvelle guerre, il refait irruption sur le devant de la scène politique et médiatique internationale.

 

En 2023, c’est les massacres perpétrés par le Hamas en Israël le 7 octobre, qui ont remis le conflit israélo-palestinien devant les yeux du monde entier. Nos réseaux sociaux ont été inondés par les images filmées par les assaillants eux-même, de ce carnage qui a fait environ 900 victimes civiles. C’est ensuite la riposte d’Israël dans la bande de Gaza, qui a submergé nos écrans, avec ses images de bombardements massifs qui ont largement détruit la ville de Gaza, et déjà tué, fin novembre, plus de 10.000 palestiniens, dont plusieurs milliers d’enfants.

 

Probablement aucun conflit ne cristallise autant l’attention du monde, à chacune de ses secousses, que le conflit israélo-palestinien. Et à chaque fois, qu’on soit juif ou non, arabe ou non, ce conflit nous interroge :

 

Avec qui sommes-nous ? Quelle est notre responsabilité de Français, d’Européen ? Qui sont les coupables ? Qui sont les gentils, les méchants ? Y a-t-il une solution à ce bourbier ?

 

A chaque fois, récits pro israéliens et pro palestiniens s’affrontent, et on se retrouve au milieu d’une guerre de propagande.

 

Nous on veut comprendre vraiment ce qui se passe là-bas, sans se faire manipuler, sans tomber dans une vision en noir et blanc. Sans se cacher non plus derrière  le fameux “oh, vous savez, c’est très complexe”.

 

Pour se donner une chance de réussir, on s’est dit que le mieux était encore de prendre le recul de l’histoire, de remonter à l’origine de ce conflit, d’en comprendre les grandes étapes, les acteurs, les moments clés. De comprendre l’histoire d’Israël, comme celle des Palestiniens, avec leurs parts d’ombre et de lumière. On a voulu comprendre aussi, pourquoi ce conflit nous obsède autant.

 

On a beaucoup lu sur le sujet pour avoir une compréhension globale et un recul suffisants.

 

On a mis une partie “bibliographie” dans les sources avec un peu tous les formats dedans. Vous trouverez des livres, des podcasts, des conférences et des vidéos pour vous repérer dans ce conflit.

 

Parmi tout ce matériel; y’a quand même une source qui se signale, LA source qui fait autorité sur l’histoire longue de la Palestine. C’est une immense somme en 5 volumes de 1000 pages écrites par Henry Laurens, un historien du collège de France, l’institution la plus prestigieuse de l’université française.

 

Et puis, au-delà de la qualité des sources, ce conflit déchaîne tellement les passions que, se pose le problème de l’honnêteté intellectuelle et de l’objectivité. C’est super facile d’écrire et de se raconter une histoire qui adopte le point de vue d’un seul camp. Donc pour écrire ces vidéos, on a dû être super attentif à rester le plus factuel possible et, surtout, le plus équilibré possible.

 

Commençons par voir quel est ce territoire que se disputent israéliens et palestiniens.

 

Israël, plus les territoires palestiniens – la bande de Gaza et la Cisjordanie – c’est à peine plus grand que la Bretagne : [faire apparaître frontières de la Bretagne au-dessus d’Israël à la même échelle pour visualiser le truc] 28 000 km2 [ 27.8 k km² et ajouter gaza  365 km² pour arriver à 28 k km² ] contre 27. Oui, oui, c’est à l’échelle  !

 

Alors oui, précision loin d’être anecdotique, ce petit bout de territoire au Proche-Orient, coincé là entre la Méditerranée, et ses voisins arabes – l’Egypte, le Liban, la Syrie et la Jordanie – bah est aussi un territoire qui réunit des lieux saints des trois principaux monothéismes : judaïsme, christanisme et islam.

 

Voilà probablement une raison pour laquelle ce conflit nous occupe autant.

 

Deuxième rappel : on a parfois l’impression que ce conflit est éternel, mais l’Etat d’Israël n’a “que” 75 ans. Même l’implantation juive importante en Palestine est récente.

 

En 1880, dans la Palestine alors contrôlée par l’empire ottoman, au maximum 5 % des habitants étaient juifs. La minorité chrétienne était alors bien plus importante.

 

[SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999,  pp 103 et 118]

 

A la création d’Israël en 1948, la population juive est toujours minoritaire mais bien plus importante et les tensions n’ont fait que croître, jusqu’à déclencher une guerre régionale.

 

Dans cette première vidéo, on aimerait répondre à deux questions:  comment Israël, un Etat juif, est né dans une région qui ne comptait pendant longtemps que 5 % de Juifs au maximum, une région où seuls 0.3 % des juifs du monde entier ((24k/7633k) vivaient ? Et comment les communautés juives et arabes qui jusqu’à présent vivaient plutôt en bonne entente, se sont retrouvées à faire la guerre ?

 

[ SOURCE : DellaPergola, Some Fundamentals of Jewish Demographic History, in Evan (dir.) Papers in Jewish Demography 1997, 2001, Table 2 p.10 ]

 

Pour comprendre cette histoire, il faut commencer par voir comment est né le projet d’établir un État pour les Juifs en Palestine, il faut parler de la naissance du sionisme.

 

Naissance du projet sioniste

 

Le sionisme, un projet européen et récent

 

Le sionisme, c’est le projet d’établir un “foyer national” puis un Etat pour les juifs en Palestine. Ce mouvement politique est né en Europe, à la fin du 19ème siècle.

 

Le père du sionisme, c’est Theodor Herzl, un juif Hongrois, qui publie en 1896 son ouvrage phare “l’Etat des juifs”.

 

L’année suivante en 1897, Herzl organise le premier congrès sioniste à Bâle, en Suisse. Il est alors élu premier président de l’Organisation sioniste mondiale.

 

Pourquoi le projet sionniste d’une implantation nationale juive en Palestine est-il né à ce moment, aussi tard dans l’histoire ?

 

Et pourquoi est-il né à cet endroit, en Europe, et pas par exemple, au Maghreb ou en Palestine, où vivaient aussi des minorités juives ?

Antisémitisme et progroms

 

L’antisémitisme a incontestablement joué. A partir des années 1880, les Juifs d’Europe centrale et encore plus ceux d’Europe de l’Est ont connu des massacres et des pillages terribles – les pogroms – avec la complicité voire le soutien des autorités russes ou polonaises.

 

Il y a eu plusieurs vagues de Pogroms de 1881 à 1921, en Europe de l’est. A chaque fois les juifs ont servi de bouc émissaire et l’ampleur des massacres est juste énorme. La dernière vague de pogrom, celle de 1918-1921, a fait à elle seule entre 100 et 150 000 victimes juives, surtout dans l’Ukraine et la Biélorussie actuelles.

 

[ SOURCES : Th. Chopard, “Les Pogroms”, Notice dans l’Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, Sorbonne Université, 2020 et N. Werth, “Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (1918-1921)”, Sciences Po, 2009 ]

 

Un exemple : à Tetiiv, en Ukraine, des soldats de l’armée russe contre-révolutionnaire ont massacré des milliers de Juifs pendant dix jours en mars 1920. Ils ont notamment brûlé vif un groupe de plus de 1000 Juifs à l’intérieur d’une synagogue.

 

[ SOURCE : Jeffrey Veidlinger Au milieu de l’Europe civilisée : les Pogroms de 1918-1921 et le début de la Shoah, 2021 ] raconté dans : https://fr.timesofisrael.com/20-ans-avant-la-shoah-les-pogroms-ont-tue-100-000-juifs-puis-ont-ete-oublies/ qui se base sur la source citée, par contre je connais pas la page

 

Vivre en Europe à cette époque, pour les juifs, c’était dangereux  Ces vagues d’antisémitisme meurtrier sont la première cause de l’émergence du sionisme à la fin du 19ème siècle.

 

Les nationalismes européens

 

Mais le sionisme n’aurait pas pu naître sans une seconde cause : l’explosion des mouvements nationaux, dans cette partie de l’Europe dominée par les Empires. Je rappelle qu’au 19ème, l’Europe est partagée à l’Est entre les empires russes, austro-hongrois, prusse et ottoman.

 

Ces empires sont de plus en plus contestés par le réveil des Nations.

 

En 1848, durant le Printemps des peuples, la Serbie déclare son indépendance, le peuple Tchèque s’affirme dans les rues de Prague, la Roumanie se révolte. Ces soulèvements ont été réprimés sévèrement par les pouvoirs impériaux mais ont nourri un puissant mouvement de libération nationale partout en Europe.

 

Attention toutefois, le nationalisme version Europe centrale et orientale, c’est pas le nationalisme version française, un nationalisme universaliste pour qui en théorie n’importe qui peut devenir Français.

 

Le nationalisme de l’Europe centrale et orientale, lui, se base sur la combinaison de 3 piliers : une langue, d’une religion et d’une ethnie historique.

 

Le nationalisme polonais s’appuit sur la langue polonaise, la religion catholique et trouve sa référence historique dans la conversion au catholicisme des Polanes au Xème siècle.

 

Le nationalisme serbe s’appuie lui sur la langue serbe, la religion orthodoxe et fait référence aux Sorabes antique – un peuple qui descendit de l’Allemagne pour s’établir dans les Balkans.

 

Le sionisme a adopté les codes du nationalisme d’Europe centrale et orientale. Pas étonnant puisque c’est précisément là que vivaient près de 75% des juifs du monde.

 

[ SOURCE : DellaPergola, Some Fundamentals of Jewish Demographic History, in Evan (dir.) Papers in Jewish Demography 1997, 2001, Table 2 p.10 ]

L’invention d’un nationalisme juif : une religion, une langue, un territoire

 

Où a-t-il pioché les trois ingrédients du nationalisme version Europe de l’Est ? Le nationalisme sioniste n’a eu aucun mal à trouver une religion commune : le judaïsme. Idem pour la référence antique. La Torah fournit  toutes les références antiques que vous voulez. Mais pour la langue et même le territoire de la “nation” juive, là c’était moins évident.

 

Le mouvement sioniste a fait le choix de la langue hébreu. Ce choix n’avait rien d’évident parce qu’à cette époque, les juifs d’Europe – de l’Alsace à la mer Noire,  parlaient principalement le yiddish, un dérivé de l’allemand. L’hébreu, c’était la langue de la Bible, des rabbins, ça pouvait être utilisé par les poètes et les philosophes, mais les juifs du commun, eux, ne le parlaient pas. Un peu comme le latin pour les catholiques.

 

Pour faire de l’hébreu la langue des Juifs, des Juifs du monde entier, il a fallu bosser, ajouter des centaines de mots à l’hébreu biblique, le dépoussiérer pour finalement inventer une nouvelle langue : l’hébreu moderne. Ça a été l’œuvre notamment d’Eliezer Ben Yehouda. C’est cet intellectuel né dans l’empire Russe qui a constitué le vocabulaire de l’hébreu moderne et fondé la première école primaire hébreu de Palestine en 1888.

 

[ SOURCE : N. Baudy, Le Monde, “Renaissance de l’hébreu”, 10 juin 1965 ]

 

Le sionisme avait donc la langue, la religion et la référence antique, y’avait plus qu’à trouver un territoire pour la nation juive. Le nationalisme sioniste a fait le choix de la Palestine :  l’Eretz Israël comme on dit en hébreu ou la “terre sainte” comme le disent les chrétiens. Ce choix est même dans le mot “sionisme” : “Sion” est une colline de Jérusalem.

 

D’autres territoires ont été vaguement envisagés, notamment dans l’Ouganda, alors colonie britannique, ou en l’Argentine, mais pour le mouvement sioniste, la Terre d’Israël s’imposait.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 296-299 et 256 ]

 

Faut dire qu’ à chaque Pessah, la Pâque juive, les juifs prononcent la formule rituelle : “l’an prochain à Jérusalem.” [ Jéru ou Paris, so call me maybe ! 🙂 => Olia, ne me remercie pas 🙂 hahahha ] 

 

[ SOURCE : Musée d’art et d’histoire du judaïsme ]

 

Faire Israël en Palestine, un choix anti juif ?

 

Cependant, créer un Etat juif en Palestine posait un énorme problème – et je ne parle pas encore des habitants de Palestine.

 

Le problème, aussi surprenant que ça puisse paraître, c’était la religion juive elle-même !

 

Et oui, il faut savoir que pour beaucoup de rabbins de l’époque, si les juifs ont été chassés de leur terre d’Israël, c’est parce que Dieu ne les jugeaient pas encore dignes. Ca fait que Seul Dieu a le pouvoir de faire revenir les Juifs en Israël et pas n’importe quand, à la fin des temps, lors du retour du Messie.

 

D’ici là, deux interdictions importantes s’imposent selon les religieux : hors de question pour les Juifs de revenir en masse sur la terre biblique d’Israël. Hors de question aussi pour les Juifs de se rebeller contre des Etats, par exemple pour créer le leur.

 

[ SOURCE : voir par exemple : Collu Moran, “Le sionisme et le retour à la terre”, Transversalités, 2011 ]

 

Si les rabbins de l’époque pensaient comme ça, on comprend que le projet de créer un Etat juif d’Israël en Palestine ne les enthousiasmait pas des masses. Pour beaucoup de ces rabbins, le projet sioniste n’était pas tout à fait casher, si je puis dire.

 

Un exemple symbolique : Theodor Herzl voulait initialement organiser son premier congrès sioniste à Munich, en Allemagne. Mais la communauté religieuse de la ville s’y est opposée fermement, et Herzl a dû changer pour Bâle.

 

La troisième cause du sionisme, c’est donc – et c’est très étonnant depuis un regard actuel – la sécularisation des Juifs d’Europe.

 

Et oui, le sionisme a été inventé par des Juifs peu religieux, ou pas religieux du tout. Ce mouvement national était plus proche de courants comme le socialisme que des synagogues.

 

Ce qu’on vient de voir permet aussi de comprendre pourquoi, on retrouve encore aujourd’hui, des branches juives ultra orthodoxes opposées à l’Etat d’Israël. Pour eux, les sionistes ne respectent pas la religion juive.

 

Inversement, le sionisme religieux, très présent en Israël aujourd’hui, n’existait quasiment pas au début du sionisme. Le judaïsme religieux s’est en partie modifié pour justifier le sionisme. On y reviendra.

 

En résumé, le sionisme est un mouvement politique inventé par des Juifs séculiers, inspirée par le nationalisme européen, pour trouver une solution au problème de l’antisémitisme et des pogroms.

 

Au départ, ce courant était marginal. D’autres solutions faisaient concurrence au projet sioniste. Certains juifs rejoignent le socialisme ou le bolchévisme, en pensant libérer les juifs en libérant l’humanité. D’autres choisissent l’émigration vers le nouveau monde, aux Etats-Unis.

 

Au départ, construire un Etat et immigrer en Israël n’était pas le projet le plus séduisant pour les Juifs européens.

La population juive en Palestine avant la première Guerre Mondiale

 

Mais de progrom en pogrom, une partie de l’émigration juive a trouvé refuge en Palestine, et le projet sioniste a pris corps petit à petit.

 

C’est simple, alors que fin 19ème, les juifs ne représentaient que 5% de la population en Palestine, les vagues d’immigration ont fait monter ce chiffre entre 7,5 et 13% en 1914. C’est alors entre 60 et 94000 Juifs qui vivent en Palestine, province de l’empire ottoman.

[ SOURCES : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, p.118 et DellaPergola, Some Fundamentals of Jewish Demographic History, in Evan (dir.) Papers in Jewish Demography 1997, 2001, p.5 // Estimation alternative in McCarthy, The population of Palestine, 1990, Table 2.3 p.26. ]

 

Les juifs restent une minorité en Palestine, mais une minorité en plein essor, et nourrie par une idée venue d’Europe : le sionisme. Cette minorité cherchait un refuge mais était loin d’être en capacité d’y fonder un État.

 

Pour comprendre comment les sionistes ont avancé vers la création de l’État d’Israël, il faut faire intervenir un nouvel acteur : l’empire britannique, et la célèbre déclaration Balfour.

La déclaration de Balfour et le mandat britannique

L’empire ottoman, cible des Alliés

 

Entre 1914 et 1918, la première Guerre Mondiale oppose les puissances alliées (principalement la France, l’empire britannique, l’empire russe et l’italie) aux Empires centraux (l’Allemagne, l’empire d’Autriche-hongrie et l’empire ottoman).

 

La France et la Grande-Bretagne sont en guerre contre l’empire ottoman, et convoitent ses territoires au moyen orient. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’appui des Anglais au projet sioniste.

 

Le premier plan de partage de l’empire ottoman entre français et britannique, soit les deux plus grands empires coloniaux de l’époque, c’est les accords dits de “Sykes-Picot” du nom des négociateurs, des 2 pays. Ces accords ont été signés en mai 1916, à un moment où la guerre était encore loin d’être gagnée.

Ces accords prévoient d’accorder l’Irak et la Jordanie aux Britanniques, la Syrie, le Liban et le Kurdistan aux Français et un bout de la Turquie aux Italiens. Mais ce qui compte pour notre affaire c’est que dans ces accords, la Palestine – qui abritent des lieux saints pour les 3 monothéismes – devait devenir une “zone internationale” sous protection conjointe de la France, de la Grande Bretagne et de la Russie orthodoxe.

 

Tout le jeu de la couronne britannique c’est d’obtenir plus de territoires que ce que prévoit cet accord, avec dans le viseur, vous l’aurez deviné, la Palestine. C’est là qu’on passe à la célèbre “déclaration Balfour”

 

La déclaration Balfour de 1917

 

Dans cette lettre ouverte, adressée à la branche londonienne de la famille Rothschild et publiée dans la presse, Londres promet au mouvement sioniste de défendre “l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif “ [ILLU : Montrer une version la plus vintage possible du texte et souligner ce passage, si besoin dans le document en anglais], mais “sans porter atteinte aux droits des collectivités non juives de Palestine”.

 

Pourquoi les britanniques ont choisi de faire cette promesse ?

 

Beaucoup a été dit sur les “raisons” du soutien Britannique au mouvement sioniste. On peut lire notamment que la couronne aurait satisfait les sionistes pour gagner le soutien de la communauté juive américaine et favoriser l’entrée en guerre des États-Unis. Une simple lecture des dates relativise beaucoup ce lieu commun : les Etats-Unis sont entrés en guerre le 6 avril 1917, et la déclaration Balfour a été publiée en novembre 17. Il y a donc 7 mois d’écart entre les 2 événements.

 

[ SOURCE : Paul Delmotte, “Le centenaire de la déclaration Balfour”, Orient XXI, 16 octobre 1917 ]

 

Et en vrai, au-delà de l’opinion des juifs américains la Grande Bretagne faisait avancer sa prétention sur la Palestine en sécurisant le soutien du mouvement sioniste, force de plus en plus présente sur place.

 

La déclaration Balfour doit aussi, voire peut-être même avant tout, être comprise comme un moyen pour les britannique de passer outre l’internationalisation de la Palestine que prévoyait l’accord Sykes-Picot.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 539-541 ]

 

Les Britanniques ont bien géré leur coup parce qu’après la victoire des Alliés en 1918, la déclaration Balfour a servi de base au Mandat colonial qui accorde la Palestine aux britanniques en 1922.

 

Le mandat britannique sur la Palestine

 

Le mandat, une colonisation d’un nouveau type

 

Pour comprendre ce qu’est un mandat, faut faire un détour par la SDN.

 

En 1919, la communauté internationale s’est constituée en “Société des Nations” ou SDN, l’ancêtre de l’ONU.

 

Attention, la “communauté internationale” de la SDN, c’est à l’époque surtout des nations occidentales et sud-américaines. Même les Etats-Unis, alors dans leur période isolationniste, n’ont jamais accepté de signer le traité de la SDN.

Ce petit club – dominé, vous vous en doutez, par les empires français et britannique – a alors inventé un nouveau type de colonisation, une colonisation légitimée par le droit,  “validée par la communauté internationale” : le mandat.

 

Un des premiers problèmes de la SDN, c’est le démantèlement des empires allemand et ottoman. Que faire de leurs territoires ?

 

C’est donc la SDN qui accorde un mandat sur la Palestine à l’empire Britannique en 1922. 

 

Ce mandat se  réfère, comme tous les autres mandats coloniaux, à l’article 22 du traité de la SDN.

 

Cet article est un condensé de la pensée coloniale occidentale de l’époque. On peut y lire que les mandats relèvent de la “mission sacrée de civilisation” pour guider des peuples “non encore capables de se diriger eux-mêmes”.  [je sens qu’il pourrait y avoir du OSS 117 ici 🙂 ]

 

[ SOURCE : Secrétariat de la SDN, “Pacte de la Société des Nations”, 28 juin 1919, Article 22 ]

 

Le mandat britannique sur la Palestine a quand même quelque chose de particulier : la référence à la déclaration Balfour et à l’établissement d’un foyer national juif.

 

Un mandat colonial pour réaliser la déclaration Balfour

On peut lire dans le mandat de la SDN que considérant les “liens historiques du peuple juif avec la Palestine et les raisons de la reconstitution de son foyer national en ce pays” la SDN donne 2 missions à l’empire britannique.

 

[ SOURCE : Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920, Considérant §3, p.2]

 

La première : “Assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif” 

 

La seconde : “Assurer également le développement d’institutions de libre gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent”

 

[ SOURCE : Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920, Article 2, p.2 ]

 

Contrairement à tous les autres mandats, la couronne britannique se voit confiée la mission de favoriser l’établissement d’une nation en grande partie étrangère à la Palestine – rappelons qu’au début des années 20, il n’y a grosso modo que 12-13 % de Juifs en Palestine.

Toutefois, en reconnaissant des droits aux autres habitants de la Palestine, le mandat a une apparence équitable. Ce n’est qu’une apparence.

 

D’abord, le mot “peuple” est réservé au peuple juif. Les populations “arabes”, qu’elles soient de religion chrétienne ou musulmane, sont nommées alternativement “populations” “habitants” ou “indigènes” dans le texte de la SDN. [possibilité de souligner ces mots dans le textes du document]

 

[ SOURCE : Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920 ]

 

Ensuite, le mandat de la SDN demande aux Britanniques de favoriser l’immigration juive et de favoriser l’acquisition des terres, y compris en leur attribuant des domaines de l’Etat ou des terres incultes (art.6).

 

[ SOURCE : Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920, Article 6, p.3 ]

 

Ça veut dire que, dès 1922, la communauté internationale accorde un primat à l’immigration juive en Palestine par rapport à la population originelle.

 

On comprend alors que l’histoire moderne des Juifs en Palestine commence, dès l’orgine, par l’alliance d’un projet nationaliste sioniste ET d’une visée coloniale internationale.

 

Dans l’esprit des Empires coloniaux et de la “communauté internationale”, la Palestine, c’est une terre “vierge”, peu mise en valeur par les populations arabes. Grâce à l’établissement d’un Foyer national juif, la Palestine deviendra une colonie de peuplement, mais un peu particulière.

 

Au lieu de peupler directement le pays avec des habitants de métropole, comme l’ont fait les Français en Algérie, ou les Britanniques en Australie, bah les Britanniques en Palestine, ils vont déléguer à l’immigration juive leur “mission sacrée de civilisation”. Ce sera au “foyer national juif” de peupler et de valoriser cette terre en friche de “développer toutes les ressources naturelles du pays”, selon les termes du mandat (Article 11).

 

[ SOURCE : Société des Nations, Mandat pour la Palestine, Février 1920, Article 11, p.4 ]

 

Les angles-morts du mandat

 

Cette logique de colonie de peuplement se heurte à deux écueils qui ne cesseront de grandir. Premièrement : elle suppose que la Palestine est largement vide, qu’elle est à peupler et à valoriser. Mais en réalité, au début du XXème siècle, la démographie arabe est en plein dynamisme, et c’est particulièrement le cas de la paysannerie. Les campagnes qui étaient vides au XIXème ne le sont plus, et on voit se profiler la concurrence pour la terre entre immigrés juifs et “habitants de Palestine” 

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp. 1023-1024 ]

Dans la même ligne, pour les Empires coloniaux, les Palestiniens n’existaient pas. De la Syrie à l’Egypte, en passant par l’Irak ou la Jordanie, il n’y a que des “populations” arabes, largement similaires et interchangeables. Or, le nationalisme palestinien commence à germer.

 

Quand on lit le communiqué de refus du mandat britannique, rédigé par le Comité exécutif du Congrès palestinien, l’émergence d’un nationalisme palestinien est impossible à ignorer : outre la phrase centrale “La Nation palestinienne exprime son refus catégorique d’accepter tout Mandat”, la référence à la Nation palestinienne est présente à quasiment chaque paragraphe.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), 1999, pp 1009-1010 ]

 

Cela dit, ce nationalisme proprement “palestinien” reste minoritaire à l’époque par rapport à une autre stratégie nationale qui a la faveur des élites :  la voie “panarabe”. La perspective “Panarabe”, qu’on retrouvera plus tard dans les années 60, imaginait bien davantage rattacher la Palestine à une “grande Syrie” arabe que de créer un Etat palestinien indépendant.

 

La Palestine Mandataire :

Evolution de la population sous le mandat britannique

 

La période mandataire a été marquée par une accroissement notable des populations juives en Palestine.

 

Entre 1922 et 1947, date de la fin du mandat britannique, la Palestine passe de 84k à 605 k Juifs. De 13% de la population en 1922, un peu plus d’une personne sur 10, les Juifs montent à 33% de la population en 1947, une personne sur 3.

 

Pendant cette période de 25 ans, L’immigration juive continue à venir surtout des pays de l’Europe de l’est. Jusqu’en 1930, les juifs viennent surtout de Russie, de Pologne et de Roumanie. Après 1930, on observe une immigration plus importante des juifs d’Allemagne, d’Autriche et de Tchécoslovaquie. Rien d’étonnant avec l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, et leur annexion de l’Autriche en 1938.

 

[ SOURCES : Et. De Vaumas, “Les origines de l’immigration juive en Palestine”, Annales de géographie; 1954 et Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.457 ]

 

Une grande majorité des Juifs européens qui émigrent en Palestine sont de gauche : socio-démocrates, socialistes, communistes. Vous avez peut-être déjà entendu parler des kibboutz, ces communautés agricoles où la terre est collectivisée. Bah ces kibboutz ont essaimé à partir des années 1920. Autre fait qui ne trompe pas, le parti politique dominant chez les juifs de Palestine, ça a été, de 1930 à 1977, le Mapaï, parti de gauche séculier dirigé par Ben Gourion.

 

L’Agence juive, l’institution politique des Juifs en Israël créée en 1929, qui deal avec les britanniques, est également dirigée par Ben Gourion.

 

Du point de vue politique,  la société juive de Palestine mandataire n’a rien à voir avec la société israélienne d’aujourd’hui, dominée par la droite, l’extrême-droite et les religieux.

Curiosité de l’histoire, l’Agence juive a conclu un accord avec Hitler entre 1933 et 1939. Cet accord a permis à 53 000 Juifs allemands d’émmigrer en Palestine et d’échapper ainsi à l’antisémitisme nazi.

 

[ SOURCE : Le Monde, Jean Pierre Filiu, “Il y a 90 ans, le « transfert » négocié de juifs allemands vers la Palestine”, 6 août 2023 ]

 

Tensions entre Juifs et arabes

 

Cette immigration juive, favorisée par la Grande Bretagne et suscitée aussi par l’antisémitisme nazi, a généré des tensions avec les populations historiques en Palestine.

Premiers massacres (1920-1921) et création de la Haganah

 

Dès 1920 à Jérusalem, des Palestiniens musulmans attaquent des Juifs dans la vieille ville, et font une dizaine de morts et 250 blessés.

 

Cet épisode n’est pas la première manifestation de violence envers les juifs de Palestine. En 1834, les Egyptiens avaient envahi la Palestine, et durant la révolte contre ces envahisseurs, les juifs de Jérusalem et leurs biens ont été la cible de ce qu’on pourrait tout à fait appeler des Pogroms. 

 

Mais selon Hillel Cohen, historien israélien spécialiste de Jérusalem, l’épisode de 1834 est l’exception qui confirme la règle [C’est une citation qu’on peut montrée dans le texte]. Durant des siècles, la situation des juifs de Palestine était bien plus enviable que celle de la plupart des juifs européens. La vraie rupture entre juifs et musulmans en Palestine intervient dans les années 1920’s.

 

[ SOURCE : Hillel Cohen, 1929 the Year Zero of the Israeli-Arab conflict, 2015, pp.13-15 ]

 

Je m’arrête pour insister : avant 1920, pendant plusieurs siècles de cohabitation entre sous l’empire ottoman, on n’avait pas eu de tels affrontements sanglants entre la majorité musulmane et la minorité juive de Palestine. Le problème n’était pas le conflit de religions, c’était le conflit grandissant pour la terre, pour les terres de Palestine.

 

L’année suivante, en 1921, d’autres émeutes se déclenchent à Jaffa. Des arabes s’attaquent aux Juifs de la ville, qui ripostent. Bilan : une cinquantaine de morts de chaque côté. C’est à ce moment-là qu’est créé la Haganah, le groupe paramilitaire de défense juive.

 

Ce groupe de défense est sous le contrôle des institutions politiques sionistes. Cette Haganah, c’est l’ancêtre de Tsahal, l’armée israélienne.

 

Massacres de 1929 et création de l’Irgoun

 

En 1929, des tensions se multiplient autour de l’accès au mur des lamentations, qui est le mur occidental de l’antique temple de Salomon à Jérusalem, relique du plus important lieu  saint du judaïsme. Ces tensions aboutissent à des massacres, dont le plus grave a lieu dans la ville d’Hébron.

 

70 juifs y sont tués par des émeutiers arabes. Si 435 juifs survivent, c’est en partie grâce à l’intervention de voisins arabes qui ont recueilli et protégé de nombreux juifs du massacre.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.277 ]

 

A la suite de ces massacres de 1929, la Haganah connaît une scission. Une partie de ses éléments les plus radicaux va former l’Irgoun, une milice très à droite, beaucoup plus dure dans ses représailles contre les arabes.

 

L’Irgoun est inspiré par Vladimir Jabotinsky, le père de ce qu’on a appelé le sionisme révisionniste. Jabotinsky, c’est un sioniste très à droite, qui a très tôt voulu armer les juifs en Palestine.

 

Pour lui, au-delà du sionisme culturel et travailliste (parler hébreu, faire des kibboutz et des syndicats si je schématise) les juifs de Palestine ont besoin d’un sionisme plus radical. Pour tenir face aux arabes, il faut des fusils. Il faut pouvoir se défendre et attaquer. Ce sont des partisans de Jabotinsky qui ont mené la riposte à Jérusalem lors des premiers affrontements de 1920.

 

[ SOURCE : Émission avec l’historien Vincent Lemire sur France Inter, “1917, la promesse trahie – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit”, (à partir de 10min28), 27 octobre 2023 ]

 

Retenez bien ce nom, Jabotinsky, parce que c’est une figure clé de la droite israélienne. Il a d’ailleurs beaucoup influencé Netanyahu, son père étant membre des franges les plus radicales de l’Irgoun.

 

Mais revenons à nos affrontements.

La grande révolte de 1936-1939 et le revirement britannique

 

Le sommet des tensions, ça a été la grande révolte arabe de 1936 à 1939. C’est parti d’une grève générale arabe en 1936, puis à partir de 1937 ça a tourné à la révolte contre les britanniques. La répression des autorités coloniales a d’ailleurs été féroce.

 

Alors que les émeutes se calmaient, l’Irgoun, la milice paramilitaire née en 1929, a relancé le cycle de violence par une série d’attentats en 1938, visant des civils arabes.

 

Le 15 juillet par exemple, une bombe placée dans le souk de la vieille ville de Jérusalem tue dix Arabes. 10 jours plus tard, une bombe placée dans le marché arabe de Haïfa fait quarante-cinq morts, selon le bilan britannique. Le dernier gros attentat de la campagne de 1938 est commis le 26 août : un tonneau de dynamite, explosant dans le souk de Jaffa, fait vingt-quatre morts.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp 663-664] 

 

Ces attentats nourrissent des représailles arabes, et des attaques contre des juifs. Si on vous donne quelques exemples des actes terroristes de l’Irgoun, c’est parce qu’on associe aujourd’hui ce genre d’attaques aux Palestiniens, sans savoir que ce mode d’action a aussi été employé par le passé par les forces les plus radicales du sionisme. Ça aura son importance pour la suite.

 

Lors de cette révolte arabe, la bourgeoisie urbaine palestinienne a été rejointe dans la lutte nationaliste par la paysannerie. Les élites palestiniennes portaient jusque là des tarbouches ottomans [montrer photo de dignitaires palestiniens avec tarbouches] mais ils ont adopté pendant la révolte le keffieh que portaient les paysans.

 

[ Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.667 ]

 

Maintenant, vous savez comment le keffieh est devenu le symbole de la Palestine 🙂

Des tensions qu’on retrouve dans les pays voisins

 

La grande révolte arabe de 1936-39 a aussi généré des tensions anti britanniques et anti juifs dans d’autres pays arabes. En Irak, des attentats ont tué 10 juifs durant cette période. Les Juifs d’Irak- très présent à Bagdad et dans les grandes villes –  ont même été forcés prendre position publiquement contre le projet sioniste pour calmer la rue arabe.

 

[ SOURCE : Moshe Gat, The Jewish Exodus for Irak 1948-1951, 1997, pp.18-19, cité par Ari Alexander, “The Jews of Baghdad and Zionism: 1920-1948”, Thèse de Master à l’Université d’Oxford, 2003 ]

 

En Egypte, la confrérie des Frères musulmans – tout récemment créée – développe des idées antisémite et appelle au boycott des commerçants juifs égyptiens.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.306 ]

 

Ok, on peut comprendre que les opinions publiques arabes des pays voisins aient été opposées au sionisme, qu’ils ne pouvaient voir que comme une colonisation de peuplement hostile aux populations locales. Mais il faut dire que la révolte arabe de 36-39 a contribué à diffuser dans le monde arabe un antisémitisme qui a commencé à ébranler la convivialité – c’est-à-dire le vivre ensemble – qui existait entre arabes et juifs – depuis parfois des siècles ou des millinéaires dans de nombreuses villes de la région.

 

[ SOURCE : George Bensoussan, “La haine du sionisme dans le monde arabe”, Conférence de présentation de l’ouvrage “Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975”, 2013 ]

 

Et les Britanniques dans tout ça ?

 

Et les Britanniques dans tout ça ? Durant les premières années du mandat, l’administration coloniale collabore facilement avec les institutions politiques sionistes et facilite les implantations sionistes.

 

En 1936, au début de la révolte arabe, l’armée de sa majesté aide même la Haganah à s’armer et se former. Moshe Dayan et Ygal Allon, deux militaires juifs qui seront ensuite des hommes d’Etat israéliens de premier plan, sont formés dans les “escadrons Wingate” qui mêlaient soldats britanniques et miliciens sionistes.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 662-663 ]

 

Mais à partir des années 37-38, les relations entre sionistes et britanniques se dégradent.

 

Le cycle de violence entre juifs et arabes, ainsi que le mécontentement grandissant de la société arabe face à l’immigration sioniste, ont motivé les britanniques à modifier radicalement leur politique en Palestine.

 

Dans ce qu’on a appelé le “Livre blanc de 1939”, les britanniques ont décidé de mettre un gros stop à l’immigration juive en Palestine et ont promis aux arabes la création d’un Etat palestinien sous 10 ans.

 

Le timing de ce virage à 180° était plus que mauvais. Freiner l’immigration juive en Palestine à partir de 1939, au moment même où l’Europe basculait dans le nazisme, ça a probablement empêché de nombreux juifs européens d’échapper à l’horreur.

 

Et il faut dire que les Britanniques ne font malheureusement pas exception. A la Conférence d’Evian de 1938, les grandes nations – sous la houlette du président américain Roosevelt – ont toutes rivalisé d’ingéniosité pour refuser d’accueillir les réfugiés juifs fuyant le nazisme. Pas glorieux. Mais revenons en Palestine.

 

En réaction à “rééquilibrage” politique des anglais, est apparu, un terrorisme juif dirigé contre les birtanniques. La milice radicale de l’Irgoun et une nouvelle venue le “groupe Stern” ont multiplié les attentats contre les soldats et les institutions de la couronne. Ils ont parfois été soutenus par la Haganah de Ben Gourion (Tome 2 p.904 et sq.)

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 904 et sq. ]

 

L’attentat le plus emblématique de cette période a eu lieu en 1946. Des bombes sont placées par l’Irgoun à l’hôtel King David, où sont installés les renseignements britanniques. Bilan : 91 morts. Le chef de l’Irgoun de l’époque et l’un des organisateurs de cet attentat est un certain Menahem Begin. Vous le connaissez ? C’est le futur créateur du Likoud, le parti de la droite israélienne, et un futur premier ministre d’Israël. Dans l’autre groupe terroriste, le groupe Stern, on trouve un autre futur premier ministre de la droite israélienne, Yitzhak Shamir.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 904 et sq. ]

 

Les Britanniques, qui ont payé un lourd tribut dans la guerre contre l’Allemagne nazie, sont de plus en plus énervés par les attentats sionistes. Et alors que leur pays est ruiné par la guerre, garantir la paix civile en Palestine coûte de plus en plus cher.

 

Pour vous donner une idée du gouffre financier, en 1945, les dépenses militaires britanniques en Palestine sont plus grandes que celles de tout le reste de l’Empire britannique. (Laurens, Tome 2 p.1036). Oui oui, un territoire grand comme la Bretagne coûte alors aussi cher à sécuriser que la moitié de l’Afrique, le sous continent indien, la Malaisie, la Birmanie et une multitude de petites îles. (CARTE Empire en 1945 ici)

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1036 ]

 

On comprend alors qu’à la sortie de la seconde Guerre Mondiale, les britanniques ne voient pas d’un mauvais œil de travailler à une solution pour se désengager du foutoir. Foutoir que, rappelons le,’ils ont largement contribué à créer. Cette voie de sortie, c’est le plan de partage de la Palestine que les Nations Unies commencent à envisager en 1947.

 

Partition de 1947 de l’ONU, création d’Israël et Nakba

 

Rappelons d’abord quelques éléments de contexte du plan de partage de l’ONU qui propose de créer les États d’Israël et de Palestine à la fin du mandat britannique.

 

D’abord la Shoah. En 1947, on sort tout juste de la Seconde Guerre mondiale. Le choc de la politique d’extermination nazie est bien présent.

 

La Shoah, c’est le massacre industrialisé de + 6 millions de juifs soit d’un tiers de la population juive du monde.  En Europe, c’est pas loin de 2 juifs sur 3 qui ont été exterminés durant la seconde Guerre Mondiale. Le génocide et son ampleur choquent. Les Etats européens se sentent coupables. Tu m’étonnes surtout qu’ils ont souvent été complices.

 

[ SOURCE : Abitbol, Histoire des Juifs : de la Genèse à nos jours, 2016, p 512 ]

Pour les SOURCES => Il précise qu’en 1939, les Juifs étaient 16 600 000 dans le monde et que, « tournant majeur, les Juifs européens ne forment plus que 57 % de la population juive mondiale à la veille de la Seconde Guerre mondiale []environ 9,5 millions], contre près de 70 % en 1914. » 

Donc avec 6 millions de victimes ça fait ⅓ des Juifs du monde [36%] et 63% de ceux d’Europe 6/(16,6*0,57)

 

Selon Eli Barnavi, historien et diplomate israélien, le nazisme et la Shoah ont joué le rôle de “levier” pour faire accepter au monde la création d’un État juif en Palestine.

 

[ SOURCE : Catherine Nicault, “La Shoah et la création de l’État d’Israël : où en est l’historiographie ?”, Les cahiers de la Shoah, 2002 ]

 

Autre élément important de l’époque, la décolonisation. Les Etats-Unis, en impulsant la création de l’ONU en 45, ont donné un élan majeur de légitimité à l’autodétermination des peuples colonisés. L’Union soviétique ira encore plus loin en déployant tous ses efforts pour démanteler les empires coloniaux.

 

Toujours à garder en tête, la lassitude déjà mentionnée des britanniques. Même s’ils restaient soucieux de leurs intérêts dans la région – mentionnons la poule aux oeufs d’or, le canal de Suez en Egypte qui leur appartient alors, ou encore les compagnies de pétrole en Iran et en Irak – malgré tout ça, Londres ne tenaient plus tant que ça à administrer le bourbier palestinien.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, Cours au collège de France 2019 – Les crises d’Orient, l’hégémonie britannique 1926-1956 – Diffusé sur Radio France en 16 épisodes, Episode 13 “L’échec britannique en Egypte et en Irak”. ]

 

Dernier élément de contexte, la démographie. En 1947, la population juive en Palestine a progressé. Les 608 000 juifs qui y vivent forment 33 % de la population. Un peu moins si on compte les Bédouins du Néguev, mais un peu plus si on ne compte que la population adulte.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.992 ]

 

Et oui, du fait de la part importante de nouveaux immigrés, la population juive inclut moins d’enfants que la population arabe.

 

A ces 608 000 juifs sur le territoire de Palestine, il faut ajouter les réfugiés juifs stationnés dans les camps de Chypre. Ouep, les britanniques ont installé des camps à Chypre pour limiter l’immigration juive en Palestine, dans la logique du Livret blanc de 39. Ces “camps d’internement pour réfugiés juifs” rassemblaient près de 40 000 juifs en 1947-48.

 

Parquer des rescapés de la Shoah dans des camps d’internement avait de quoi choquer. La Haganah a toutefois su tirer profit de ce “sas d’entrée” vers la Palestine pour recruter des hommes en âge de se battre.

 

[ SOURCE : Exposition Alyah Beth, les départs clandestins des Juifs depuis la France vers la Palestine entre 1945 et 1948 – Mémorial de la Shoah ]

 Le Plan de partage de l’ONU

 

Maintenant qu’on a tous les éléments de contexte, on va pouvoir étudier le plan de partage de la Palestine mandataire.

 

Ce plan de partage ne vient ni des acteurs locaux arabes ou juifs, ni de la puissance mandataire britannique, mais de la communauté internationale.

 

C’est la toute jeune Organisation des Nations-Unies, l’ONU, créée en 1945 qui est chargée de s’occuper de la Palestine.

 

Elle a remplacé la SDN qui avait perdu toute crédibilité avec son échec à prévenir le conflit mondial.

 

Pour réussir sa mission l’ONU envoie en 1947 à Jérusalem un Comité spécial – composé de pays n’ayant pas d’intérêts particuliers dans la région. Son président par exemple, est un juriste suédois, et son vice-président est péruvien [les membres sont ici].

 

Ce comité spécial a entendu les responsables britanniques, les institutions sionistes, et les représentants de pays arabes voisins, mais pas les arabes de Palestine. Les Palestiniens ont décidé de boycotter ce comité qu’ils accusaient d’être partial

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.995-996 ]

 

Après ces auditions, ce comité de l’ONU rend son rapport et fait deux propositions : une proposition d’un État fédéral unique de Palestine, où vivraient musulmans, juifs et chrétien, et une proposition de création de deux Etats, un Etat juif et un Etat arabe.

 

Cette proposition de partition avec deux Etats a eu gain de cause et est désormais connue sous le nom de “plan de partage de l’ONU pour la Palestine”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 1010-1012 ]

 

Quand on regarde la carte, ce qui saute aux yeux, c’est que les deux Etats juifs et arabes n’ont pas de continuité territoriale. Aussi bien pour l’État arabe que pour l’État juif, impossible de passer de la Galilée au nord jusqu’au Néguev au sud sans franchir des frontières qui ressemblent à des points de passage.

L’Etat juif n’a pas d’accès direct à Jérusalem, ville placée d’ailleurs sous contrôle international. Pour prier dans les lieux saints, les juifs devront passer par la Cisjordanie, région contrôlée par l’Etat arabe.

 

En plus de découper la Palestine façon “portrait à la Picasso” (l’expression est d’époque), ce plan de partage n’a pas tracé les frontières des deux Etats de la même manière.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.43 ]

 

Pour définir la partie dévolue à l’Etat arabe, le comité s’y est pris “négativement” : la Palestine arabe était composée des territoires où les Juifs n’étaient pas. Ça fait que seulement 10 000 juifs résidaient dans la partie de Palestine appelée à devenir l’Etat arabe.

 

Le Plan prévoyait tout de même un accès à la mer au futur Etat palestinien, par Gaza et le port de Jaffa, petite enclave “arabe” collée à Tel Aviv.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 1008-1010 ]

 

A l’inverse, le futur Etat juif, qui rassemblait les territoires où l’immigration juive s’est principalement implantée, abritait de nombreux arabes : 407 000 arabes sédentaires et 90 000 bédouins soit entre 45 et 50 % de la population. (Laurens tome 2 p.1010)

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1010 ]

 

Cette moitié d’arabes dans l’État juif fait immédiatement naître dans la tête de certains sionistes la question des “transferts” de population arabe hors de l’État juif.

 

Cette idée paraît évidemment choquante aujourd’hui, mais il faut savoir qu’elle a été en grande partie impulsée par les britanniques. Dans leur “plan Peel”, un premier  plan de partage de la Palestine élaboré en 1937, les anglais imaginaient déplacer 200 000 arabes. Cette “solution” avait sucité beaucoup d’intérêt dans le mouvement sioniste. Précédent plus récent encore, il y a la partition de l’Inde britannique lors de sa décolonisation.

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.584 ]

 

En 1947, l’Inde britannique vient d’être découpée selon des critères religieux. De l’ancienne colonie britannique sort l’Inde hindoue et 2 Pakistans musulmans (l’un est devenu le Pakistan d’aujourd’hui, l’autre est devenu le Bangladesh). Cette partition effective au 15 août 47, a occasionné le déplacement forcé de plus de 15 millions de personnes qui n’avait pas la bonne religion au bon endroit. Le tout est allé avec son lot de violences et de misères, près d’un million de personnes sont mortes dans ces déplacements forcés. Je sais pas vous, mais nous on n’était pas du tout au courant de l’ampleur de ces atrocités.

 

[ SOURCE : Ian Talbot, “The 1947 Partition of India” in The historiography of genocide, 2008 ]

 

La question du transfert des arabes hors d’Israël était donc bien dans l’air. Mais, comme l’écrit Henry Laurens, “Si cette idée […] est bien présente dans les esprits, rien n’est prévu dans l’immédiat en ce sens”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.43 ]

 

Dernier commentaire important, la question de la propriété des terres. Écoutons Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem.

 

Extrait https://www.youtube.com/watch?v=mLUL_aVUCJ4

38 sec La Palestine mandataire c’est 8 % de propriété juive…. et un Etat arabe sur 45%” (50 sec)

 

[ SOURCE : France Culture, “1947, un partage et une colère – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit Episode 3”, Entretien du 27 octobre 2023 avec Vincent Lemire. ]

 

Le journaliste fait remarquer qu’une bonne partie du territoire de cet Etat juif est composé du Néguev, désertique, ce qui est tout à fait vrai. L’historien répond que même en amputant la Palestine du désert du Néguev, l’Etat juif passe de 8% du territoire effectivement contrôlé par les Juifs à près de la moitié, entre 45 et 50%.

 

Comment ce plan de partage a été accueilli ?

 

L’Agence juive et les organisations sionistes approuvent cette proposition à 2 États – tout en déplorant que la partie juive de Jérusalem ne leur soit pas accordée.

 

Les arabes – tant en Palestine que dans les pays voisins – condamnent unanimement ce plan qu’ils dénoncent comme injuste. Le Haut Comité arabe de Palestine appelle à des manifestations pacifiques et le secrétaire de la ligue arabe fait dans l’escalade verbale, il parle de “rejeter un jour les sionistes comme l’ont été les Croisés”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 1012-1019 ]

 

Mais ici, ce n’est pas l’avis des populations concernées qui compte. Ce qui fera loi et décidera du destin de la Palestine après le mandat britannique, c’est l’Assemblée générale de l’ONU. Les règles exigent que, pour être adopté, le plan de partage réunisse 2 tiers des suffrages exprimés par les pays.

 

Avant de passer au vote de plan de partage lui-même, les Etats arabes déjà admis à l’ONU (Afghanistan, Égypte, Irak, Liban, Pakistan, Arabie Saoudite, Syrie, Yémen => Tome 2 p.1020) demandent à ce qu’on consulte la Cour internationale de justice sur la légitimité d’un partage contre le consentement des habitants concernés – ici les populations arabes de Palestine. Cette proposition est rejetée le 24 novembre 1947 par 21 voix contre 20. (Tome 2 p.1022).

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp. 1020-1022 ]

 

Ca s’est joué à un cheveux. A une voix près, l’histoire aurait pu être différente.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1022 ]

 

On peut donc passer au vote. Après deux tours de scrutin, la résolution de l’ONU numéro 181 approuvant le plan de partage de la Palestine est adoptée par l’Assemblée générale  le 29 novembre 1947 par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions. Le seuil des 2/3 a donc été atteint avec 2 voix de marge.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.1028-1029 ]

 

Parmi les votes “pour”, on retrouve les Etats-Unis, la France, de nombreux pays d’Occident ou du Commonwealth Britannique,  quelques pays d’Amérique latine, sur lesquels les Etats-Unis ont fait pression et enfin le BLOC SOVIETIQUE.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.1026-1028 ]

 

Pourquoi l’URSS et les soviétiques ont-ils soutenu la création de l’Etat d’Israël en 1947 alors que, seulement quelques années après, ils ont soutenu mordicus les pays arabes ?

 

Cette question est encore débattue par les historiens mais il semble que les soviétiques ont d’abord tenu à éloigner la puissance britannique de la région et ont tenté d’obtenir le soutien de la communauté juive américaine en ces début de guerre froide (Tome 2 p.1019)

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1019 ]

 

La Grande Bretagne, elle, s’est abstenue. L’ancienne puissance mandataire avait conscience que le plan de partage ne pouvait déboucher que sur une violence généralisée. La priorité pour elle était de sortir de ce guêpier et de refuser que l’ONU confie aux soldats de sa majesté la charge de faire appliquer ce plan de partage.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.1012-1013 ]

 

Enfin qui vote contre ? L’Inde, le Pakistan, les pays arabes, bref : tous les pays ayant connu un épisode récent de colonisation/décolonisation.

 

C’est peut-être ça le fait majeur à retenir de ce vote du plan de partage. C’est la communauté internationale – et pas n’importe laquelle, la communauté des puissances impérialistes occidentales et soviétiques ainsi que quelques satellites, qui a créé – contre l’avis de la majorité des populations locales – l’Etat d’Israël ainsi que son jumeau mort-né, l’Etat de Palestine.

 

Il faut mesurer ce que ce vote doit aux circonstances historiques. Comme le dit Henry Laurens, “à peu d’années de distance, un tel vote aurait été impossible, avec l’émergence du Tiers monde et le mouvement afro-asiatique.”

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, pp.1031 ]

 

Les réactions au plan de partage ne se sont pas faites attendre. Dans les pays arabes voisins, on ne dépasse pas le stade des menaces. Hors de question d’attaquer avant que l’armée britannique ait quitté la Palestine le 15 mai 1948, date de fin du mandat.

 

En Palestine, c’est différent, dès l’annonce du vote de l’ONU, fin 47, des manifestations spontanées commencent et tournent rapidement à la guerre civile entre arabes palestiniens et juifs de Palestine.

 

C’est très important d’avoir en tête cette phase de guerre civile qui a suivi le vote de l’ONU.

 

Pour cette guerre civile, les juifs sont mieux préparés et mieux armés. A la fin mars 48, soit 3 mois après le début des émeutes et des affrontements, la Haganah, la milice de défense juive mobilise 14 200 combattants en opération et compte 22 000 membres, hommes ou femmes. Les milices très à droite de l’Irgoun et du groupe Stern ajoutent environ 2000 hommes aux forces juives.

 

En face, à la même période, les arabes sont moins organisés et mobilisés. Leurs forces ne comptent qu’environ 12 000 combattants, dont la moitié de volontaires étrangers.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.80 ]

 

De plus, l’armement des miliciens juifs est aussi de meilleure qualité. Grâce aux dollars que fournissent les sionistes américains, ils ont pu acheter des armes flambant neuves à la Tchécoslovaquie, avec le soutien de l’URSS, d’abord des armes légères puis, dès la mi-mai 48, des armements plus lourds.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.79 ]

 

La guerre civile judéo-arabe a pris la forme d’un cycle d’attentats et de représailles, d’attaques et d’embuscades, qui a progressivement touché tout le pays.

 

Voici un exemple que l’historien Henry Laurens juge représentatif  : le 20 décembre 47 à Haïfa, l’Irgoun fait exploser un camion piégé près d’une usine, tue 6 arabes et en blesse des dizaines d’autres. Les ouvriers arabes attaquent spontanément les ouvriers juifs : 39 morts. En représailles, la Haganah lance un raid sur le village arabe voisin : 60 morts. Le raid se poursuit dans un second village : 16 morts.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.79 ]

 

Dans cet exemple d’Haïfa, l’Irgoun a entamé le cycle de violence mais ailleurs, c’était les combattants arabes.

 

Un massacre retient particulièrement les esprits : celui du village de Deir Yassin, un village arabe à l’ouest de Jérusalem.

 

En avril 1947, des miliciens du Stern et de l’Irgoun – soutenu par une unité d’élite de la Haganah, prennent difficilement le contrôle de Deir Yassin. Une fois les mains libres, ils assassinent froidement les arabes capturés, femmes et enfants compris. Le bilan réel est estimé à 107 ou 117 morts. L’Irgoun, alors dirigé par le futur premier ministre Menahem Begin, fait courir le bruit de + de 400 habitants massacrés. La nouvelle de ce massacre se répand très vite en Palestine et dans le monde arabe, provoque un choc. Il contribue aussi à l’exil de nombreux arabes palestiniens effrayés, qui fuient les zones proches des combats.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp. 85-87 ]

 

Le bilan humain total de cette guerre civile de terreur indiscriminée est très équilibré. Entre le vote de l’ONU le 30 novembre 47, et 3 avril 48, les britanniques comptent 959 morts arabes et 2018 blessés et, en face côté juif, le bilan s’élève à 875 morts et 1858 blessés.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.76 ]

 

La proclamation d’Israël le 14 mai 1948

 

Le dernier jour du mandat britannique, le 14 mai 1948, Ben Gourion proclame la déclaration d’établissement de l’Etat d’Israël. A ce moment-là, la guerre civile contre les Palestiniens est déjà gagnée, mais c’est une deuxième guerre qui va commencer, contre les pays arabes voisins.

 

1948-1949 : la première guerre israélo-arabe

 

L’Egypte, la Syrie, la Jordanie, l’Irak et le Liban déclarent la guerre à Israël dès son indépendance. Leurs armées sont un peu plus nombreuses, mais moins bien armées, pas ou peu coordonnées, et beaucoup moins motivées que les troupes du nouvel Etat d’Israël.

 

En faisant nos recherches, on a même appris que le roi Abdallah de Transjordanie – l’ancien nom de la Jordanie – avait, en novembre 47 soit quelques mois avant la guerre, rencontré Golda Meïr, une responsable sioniste de premier plan qui deviendra première ministre. Lors de cet entretien, tenez vous bien, il lui a assuré ne pas combattre les sionistes s’il récupérait la rive gauche du fleuve Jourdain qu’on appelle aujourd’hui la Cisjordanie. Avec des amis comme ça, pas besoin d’ennemis comme on dit.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), 2002, p.1018 ]

 

Face à des armées arabes désorganisées et avec le soutien des armes de Tchécoslovaquie, les forces armées juives prennent l’avantage, et conquièrent de nouveaux territoires, jusqu’au cessez-le-feu final de mars 1949.

La Nakba, les conséquences de la guerre

 

Les conséquences de la guerre sont catastrophiques pour les Palestiniens.

 

Israël annexe Jérusalem-Ouest et contrôle 78 % de l’ancienne Palestine mandataire.

 

[ SOURCE : France Culture, “1947, un partage et une colère – Israël / Palestine : Anatomie d’un conflit Episode 2”, Entretien du 27 octobre 2023 avec Vincent Lemire ]

Pour les petits 22% restants, le projet d’un État palestinien est abandonné. Les Etats arabes voisins se partagent les restes. La bande de Gaza passe sous le contrôle de l’Egypte, et la Jordanie annexe Jérusalem-est et la Cisjordanie.

 

Ces frontières issues des accords de cessez-le-feu ont été ensuite connues sous le nom de « Ligne verte ».

 

Mais le drame ne s’arrête pas là pour les Palestiniens. De novembre 1947 à la fin des hostilités en 49, c’est environ 750 000 arabes de Palestine qui ont fui les combats ou ont été expulsés de chez eux et se trouvent réfugiés. Y’a une controverse sur le nombre exact de réfugiés de 48. Israël dit “530 000”, l’ONU dit 910 000, la réalité est probablement entre les deux d’après les historiens compétents. Dans tous les cas, on parle là d’un peu plus de la moitié de la population arabe de la Palestine britannique qui se retrouve chassée de chez elle. (700 / 1237 non juifs sédentaires Tome 2p.992)

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.272 ]

 

Ces arabes se sont réfugiés dans certaines régions de Palestine – à Gaza notamment – et dans les pays arabes voisins : au Liban, en Syrie, en Jordanie.

Cet exil forcé a pris le nom de Nakba, le désastre ou la catastrophe.

Il y a des débats entre historiens pour savoir à quel point ces déplacements de population ont été organisés et voulus par les forces armées juives. Israël a longtemps nié tout rôle dans la Nakba, arguant que les déplacements de population ont été spontanés ou même encouragés par les élites palestiniennes locales. On sait aujourd’hui que ces phénomènes ont existé, mais que les forces armées israéliennes ont bien joué aussi un rôle dans ces expulsions. On ne sait juste pas si c’était une politique délibérée, voulue, où quelque chose qui s’est passé à l’improviste, sur le terrain. Mais une chose essentielle est sûre, et c’est l’historien au collège de France, Henry Laurens qui nous la partage :

[ SOURCE : Henry Laurens, “Israël – Palestine, la paix impossible”, Conférence à l’IREMMO, 11 décembre 2015, minutes 22-23 ]

 

Cette interdiction du retour des réfugiés palestiniens est toujours effective aujourd’hui et contraire à la résolution 194 de l’ONU adoptée le 11 décembre 48.  i.

 

[ SOURCES : ONU, “Résolution 194 – (III) Palestine : Rapport intermédiaire du médiateur des Nations Unies”, 11 décembre 1948, Article 11 et De Wangen, “Le droit au retour des réfugiés”, Confluences Méditerranée, 2008 ]

 

Le miroir de cette nakba, de cette catastrophe palestinienne, c’est l’éclatante victoire israélienne.

 

En quelques années, les Juifs en Palestine, qui possédaient 8% du territoire environ, se sont retrouvés à la tête d’un État d’Israël contrôlant près de 80% de ce même territoire.

 

Au sein du Yichouv, mot hébreu qui désigne la société juive en Palestine, le parti de Ben Gourion, le mapaï, un parti socialisant des travailleurs israélien, était dominant depuis les années 30. La victoire l’a renforcé, et après la Guerre, la gauche israélienne est restée au centre du pouvoir pendant encore 30 ans, jusqu’en 1977.

 

Mais ça, c’est une autre histoire, pour une prochaine vidéo.

Conclusion

Dans cette vidéo, on s’est mis au clair sur les origines de l’Etat d’Israël et du conflit israélo-palestinien.

 

On a exploré l’invention du sionisme en Europe, en réaction à l’antisémitisme et aux pogroms, on a vu les premières vagues d’immigration juive en Palestine, les enjeux et le sens de la célèbre déclaration Balfour. On a vu toute l’importance dans l’histoire du conflit du mandat colonial britannique. On a vu toutes les tensions que la colonisation de peuplement juive sous chaperonage britannique a suscitées, dès les années 1920-1930, les premiers affrontements, les premiers massacres, la première grande révolte arabe de 36-39, dont le symbole du keffieh est issu.

 

On a compris les enjeux du Plan de partage de 1947 de l’ONU, après la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. On a compris aussi pourquoi les Palestiniens n’en voulaient pas, et comment il a débouché sur la première Guerre israélo arabe de 1948-49.

 

On a vu que la grande victoire du mouvement sioniste, la naissance de l’Etat d’Israël, est aussi pour les palestiniens le moment de la Nakba, la catastrophe, le moment où 750 à 800.000 d’entre eux se sont retrouvés exilés, dépossédés de leurs terres, sans possibilité de retour.

 

On va pouvoir s’appuyer sur des bases solides, mais je vous préviens les amis, il nous reste du pain sur la planche, il nous reste toute l’histoire du conflit israélo-palestinien à proprement parler, entre le début des années 1950 et ajourd’hui. Je ne sais pas vous, mais nous on a hâte de vous parler de la suite.

 

Dans les années 1950, les Palestiniens sont sortis de l’histoire. L’actuelle Cisjordanie est annexée à la Jordanie, et la bande de Gaza est sous contrôle égyptien. On verra dans une prochaine vidéo comment tout au long des années 50 et jusqu’à la guerre de 1967, le nationalisme palestinien a été avant tout un élément du projet panarabiste de Nasser, le président égyptien.

 

On verra ce qu’Israël a fait avec les territoires qu’il a conquis en 48-49, et on parlera notamment de l’essor de la colonisation.

On se mettra au clair sur les enjeux des grandes guerres israélo-arabes, celle des 6 jours en 1967, celle du Kippour en 1973. On verra comment elles ont façonné le conflit et aboutit à l’émergence d’un nationalisme proprement palestinien dirigé par Yasser Arafat.

On verra aussi comment le Likoud, la droite israélienne, a pris le pouvoir, et comment s’est développé une forme de sionisme jusque-là marginale, le sionisme religieux, un courant messianique qui est devenu le cœur idéologique de l’extrême-droite israélienne aujourd’hui.