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La transition énergétique en danger

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Le manque de cuivre va-t-il tuer la transition énergétique ? L'Agence Internationale de l’Énergie nous alerte : dans 15 ans, c'est 40% des besoins mondiaux de cuivre qui pourraient manquer ! La sortie des énergies fossiles est-elle condamnée par la gourmandise en métaux des technologies bas carbone ?

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Points clés

  • Le cuivre est indispensable à la transition énergétique : réseaux, éoliennes, solaire, voitures électriques, pompes à chaleur et la demande pourrait augmenter de 50 % d’ici 2040.

 

  • Le risque de pénurie semble pourtant énorme : l’AIE estime jusqu’à 40 % de cuivre manquant en 2040, notamment à cause de mines moins concentrées, de découvertes rares et de délais de développement très longs.

 

  • Mais ces projections sont trompeuses si on les lit comme des prévisions : l’AIE suppose essentiellement qu’aucun nouvel investissement ne vient développer les mines existantes.

 

  • Or les réserves continuent d’augmenter malgré la baisse des teneurs. Les progrès techniques rendent exploitables des gisements autrefois trop pauvres, tandis que l’exploration autour des mines existantes révèle beaucoup de cuivre.

 

  • Des modèles intégrant les investissements miniers racontent une autre histoire : dans un scénario réaliste, les mines pourraient fournir suffisamment de cuivre pour une trajectoire mondiale « net zéro ».

 

  • Le vrai enjeu n’est donc pas la quantité de cuivre dans le sous-sol, mais notre capacité à investir assez rapidement. L’AIE estime environ 490 milliards de dollars d’investissements nécessaires d’ici 2040, un niveau déjà atteint par le passé.

 

  • Cela ne signifie pas zéro difficulté : des pénuries ponctuelles et des flambées de prix restent possibles, tandis que les projets miniers suscitent de fortes oppositions à cause de leurs impacts environnementaux et sociaux.

 

  • Conclusion : le cuivre ne condamne pas la transition énergétique. Il faut surtout investir rapidement, améliorer les pratiques minières et éviter d’utiliser le risque de pénurie comme prétexte pour abandonner les protections environnementales et sociales.

Sources et références

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Aujourd’hui, le pétrole, le gaz et le charbon sont toujours la principale cause du changement climatique.

 

D’après vous, qu’est-ce qui pourrait nous empêcher de les remplacer par des énergies bas carbone ?

Les ennemis politiques du climat, qui soutiennent les énergies fossiles et ralentissent la transition dès qu’il faut voter une loi ? 

Les défis techniques à résoudre, comme l’intermittence des énergies renouvelables ?

 

Dans cette vidéo on va voir que le principal frein à la transition pourrait être sous nos pieds, on pourrait manquer d’un métal sur lequel reposent toutes les technologies bas carbone : le cuivre.

 

Sans cuivre, pas de panneaux solaires. Pas d’éoliennes. Pas de voitures électriques. Pas de pompe à chaleur. Et bien sûr, sans cuivre, pas de réseau électrique. Bref sans cuivre, pas de transition énergétique.

 

Depuis 1 an ou 2, plusieurs institutions nous alertent : l’humanité risque de manquer de cuivre.

Selon l’Agence internationale de l’énergie – l’AIE – dans 10 ans, 40% du cuivre dont on aura besoin pourrait nous manquer.

[ SOURCE : AIE, « Global Critical Minerals Outlook 2025 », mai 2025, pp.107 et 110 ]

L’AIE enfonce même le clou : la concentration de cuivre dans les mines ne fait que baisser et depuis 10 ans, on ne découvre quasi aucun nouveau gisement.

[ SOURCE : AIE, « Global Critical Minerals Outlook 2025 », mai 2025, p. 110 ]

 

Avec le cuivre, la transition énergétique a peut-être découvert son talon d’Achille.

Alors, est-ce que le manque de cuivre nous empêche de limiter le réchauffement climatique vers les 2° ?

Ce n’est pas exagéré de dire que le futur de l’humanité dépend de la réponse à cette question.

 

Ça mérite donc bien une petite vidéo 🙂

 

Partie 1 : L’or rouge : pourquoi la demande de cuivre va exploser

 

Le cuivre est un métal formidable, presque prodigieux.

 

De tous les métaux du tableau périodique, c’est – derrière l’argent – le métal qui conduit le mieux la chaleur et l’électricité.

 

 

Mais comme l’argent est très rare et très cher, c’est le cuivre qu’on retrouve partout, et partout c’est pas exagéré.

 

Les fils électriques de votre maison, c’est du cuivre.

Les moteurs électriques – de votre mixer, de votre ventilo ou de vos volets – c’est du cuivre.

Les puces électroniques, encore du cuivre.

Un objet qui montre bien l’intérêt du cuivre pour évacuer la chaleur, c’est l’alambic.

Les tubes pour faire refroidir les vapeurs d’alcool sont en cuivre.

Les casseroles et les poêles les plus réputées sont aussi en cuivre Mais j’vous préviens, elles coûtent un bras.

 

On trouve aussi du cuivre dans les frigos, dans les clims et dans la plupart des systèmes de refroidissement.

Le cuivre est naturellement antibactérien et antimicrobien. Il résiste à la corrosion, il est facile à plier, à souder, le cuivre guérit aussi toutes les maladies et fait revenir l’être aimé.

Non, ça c’est pas vrai 🙂

 

Mais ses propriétés sont tellement intéressantes que “l’or rouge” – c’est l’autre nom du cuivre – est utilisé un peu partout : de la plomberie à la santé, en passant par les datas center et l’industrie de la défense.

 

Pas étonnant qu’au XXème siècle, la production de cuivre ait explosé !

 

 

Juste dans les 15 dernières années, la production de cuivre a augmenté de presque 50%. Et ça devrait continuer parce que le cuivre c’est aussi LE métal de la transition énergétique. Toutes les technologies bas carbone les plus importantes en contiennent.

 

Le plus grand parc solaire français, c’est 660 tonnes de cuivre et notre plus grand parc éolien en mer c’est 2400 tonnes

[ SOURCE : S&P Global Energy and Market Intelligence, Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification, Janvier 2026, p.34 ]

 

 

Une voiture électrique contient 70 kg de cuivre, 3 fois plus qu’une voiture thermique.

[ SOURCE : S&P Global Energy and Market Intelligence, “Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification”, Janvier 2026, p.37 ]

 

 

Là, attention, il faut qu’on fasse un arrêt sur image 🙂 Ces chiffres, il faut bien comprendre que c’est une photographie à un instant T.

En réalité, les technologies bas carbone s’améliorent constamment, et utilisent de moins en moins de cuivre.

Les panneaux solaires ou éoliennes actuels contiennent 25% de cuivre en moins que ceux de 2010.

[ SOURCE : S&P Global, The Future of Copper, Will the looming supply gap short-circuit the energy transition?, 2022, p.36 ]

 

 

Les voitures électriques ont baissé leur quantité de cuivre de quasiment 30% en 10 ans.

 

[ SOURCES : Mining dot com, Visualizing the decline of copper usage in EVs, Octobre 2024, et S&P Global Energy and Market Intelligence, Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification, Janvier 2026, p.37 ]

 

 

On peut s’attendre à ce que cette réduction de la quantité de cuivre se poursuive.

Par exemple, en le remplaçant  par de l’aluminium, un métal un peu moins bon conducteur d’électricité mais hyper abondant, léger et pas cher.

Mais il ne faut pas se mentir non plus ! Remplacer le cuivre n’est pas toujours possible.

 

Ca fait que, si on accélère la transition énergétique, on ne va pas y couper : on va avoir besoin de BEAUCOUP de cuivre.

L’AIE, dans son scénario “net zero” – le plus ambitieux pour le climat – estime que la consommation mondiale de cuivre devrait augmenter de moitié dans les 10-15 prochaines années

 

 

La moitié du cuivre mondial servirait alors à la transition énergétique : un quart pour les réseaux électriques, un quart pour les technologies bas carbone.

Si on veut limiter le réchauffement climatique autour des 2°, il nous faudra donc augmenter rapidement notre consommation de cuivre de 50%.

 

Bon, le scénario “net zéro” qu’on vous montre est ambitieux. C’est la neutralité carbone au niveau mondial dès 2050. Et non, on y sera probablement pas

 

Pourquoi on vous le montre tout de même en référence ?

 

 

 

 

D’abord parce que les ventes de panneaux solaires et de véhicules électriques progressent tellement vite – plus vite d’ailleurs que ce qu’anticipe l’AIE – que ce scénario très ambitieux ne semble plus si déconnant.

Et ensuite parce que, même si on s’écarte du scénario, il nous donne quand même la quantité de cuivre qu’on DEVRA utiliser pour se passer des fossiles. Il nous faudra tout ce cuivre même si ça prend 10-20-30 ans de plus.

 

Maintenant est-ce qu’on peut le faire ? Est-ce qu’on peut augmenter de 50% notre production de cuivre ?

Est-ce qu’on a même assez de cuivre dans le sous-sol pour mener à bien une vraie transition énergétique ?

 

Là, faut qu’on aborde la mauvaise nouvelle : d’après l’Agence internationale de l’énergie, il y a de GROSSES raisons d’en douter.

 

Partie 2 : Alerte : bientôt la pénurie de cuivre ?

 

Recycler ? Oui…

 

Commençons par dire qu’une hausse de 50 % de la demande de cuivre, ça ne veut pas dire qu’il faudra miner 50 % plus de cuivre. Pourquoi ? Parce que le recyclage peut nous aider.

 

En effet, le cuivre est l’un des rares matériaux qui peut être recyclé à 100%, sans se dégrader. Encore une qualité 🙂

Aujourd’hui, 15 % du cuivre provient du recyclage [3.8 Mt / 26.7 Mt en 2024 = 14.2% ] . D’ici à 2040, la proportion de cuivre recyclé pourrait monter à 25% [10.5 Mt / 42.3 Mt en 2040 = 24.8 %] 

[ SOURCE : S&P Global Energy and Market Intelligence, “Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification”, Janvier 2026, Figure 3, p.20 ]

 

C’est une bonne nouvelle pour l’environnement, parce que le cuivre recyclé est beaucoup moins polluant.

 

Sa production utilise par exemple 10 fois moins d’énergie que le cuivre issu des mines.

[ SOURCE : voir par exemple  Liu et al., “Life Cycle Energy Consumption and GHG Emissions of the Copper Production in China and the Influence of Main Factors on the above Performance”, 2022, Table 2, p.7 ]

 

 

Grâce aux progrès du recyclage, pour avoir 50% de cuivre en plus, on aurait besoin d’augmenter la production dans les mines de “seulement” 40%.

Je dis seulement avec des gros guillemets, parce que vous allez le voir, selon l’AIE, augmenter la production des mines de 40%, ça pourrait être très très compliqué.

 

… Mais la production pourrait être (très) inférieure à la demande

 

D’après l’AIE, au lieu d’augmenter, la production des mines de cuivre pourrait baisser à partir de 2030.

 

 

Et on parle pas d’une petite baisse : jusqu’à un tiers de cuivre en moins en 2040 par rapport à aujourd’hui.

 

ADDENDUM POST VIDEO :

Depuis le tournage de la vidéo, l’AIE a sorti son rapport Critical Materials de 2026.

 

Celui-ci ne propose plus de scénarios de demande de cuivre “Net Zero 2050” mais actualise un peu ses scénarios de production de cuivre primaire (mines) et secondaire (recyclage).

 

Les projections 2026 de production primaire de cuivre sont supérieures de +- 2Mt dans le scénario de base et de +-1.5 Mt dans le scénario “production haute” par rapport aux projections du rapport de 2025.

 

 

On vous reproduit ici les projections de 2025 et de 2026 pour que vous puissiez juger par vous-mêmes.

[ SOURCES : 2025 : AIE, « Global Critical Minerals Outlook 2025 », mai 2025, p.107   2026 AIE, “Global Critical Minerals Outlook 2026”, 16 juillet 2026, p.134 ]

 

Retour à notre script original !

 

Selon l’AIE, en 2040, il pourrait manquer jusqu’à 40% des besoins mondiaux en cuivre.

 

Quel secteur aura droit à son cuivre et lequel devra faire sans ? Cuivre ou pas cuivre pour les datas centers ? Pour La transition ? Cuivre ou pas cuivre pour le BTP dans les pays en développement ? Pour l’accès de l’Afrique à l’électricité ? Vous le sentez, C’est pas le genre de choix qu’on a très envie de faire.

 

Je me permets d’insister : avec 40% du cuivre qui manque, on pourrait se diriger tout droit vers une maxi pénurie de cuivre. Et une telle pénurie, ça pourrait arrêter net l’économie mondiale et la transition énergétique.

 

La situation est d’autant plus inquiétante que l’AIE n’est pas la seule institution à tirer la sonnette l’alarme. S&P Global, par exemple, alerte aussi dans ce rapport sur une possible pénurie, avec un quart du cuivre [32.2 / 42.3 = 23.8 %] manquant en 2040.

[ SOURCE : S&P Global Energy and Market Intelligence, “Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification”, Janvier 2026, p.112 ]

 

 

Je vous cache pas que, quand on est tombé sur ces rapports, on s’est mis à sérieusement flipper. Ça fait des années qu’on fait des vidéos pour expliquer comment on peut réussir la transition énergétique et tout ça pourrait tomber à l’eau juste par manque de cuivre ?

 

Notre premier réflexe a été de comprendre. Pourquoi est-ce qu’on pourrait être incapables de sortir assez de cuivre des mines ?

 

Partie 3 : 3 raisons pour lesquelles on risque de manquer de cuivre

 

Le premier point d’inquiétude sur les mines, c’est la baisse de la concentration des gisements de cuivre exploités dans le monde.

 

Depuis 1990, leur concentration a baissé de 40 % passant de 1% de cuivre à 0.6%.

[ SOURCE : BHP, “BHP Insights: how copper will shape our future”, 30 septembre 2024 ]

 

 

Concrètement, ça veut dire qu’au début des années 90, on devait extraire, déplacer, broyer 100 tonnes de roches pour obtenir 1 tonne de cuivre. Aujourd’hui, c’est 166 tonnes.

Quand il faut extraire des millions de tonnes, ça fait vite une énorme différence.

 

Avec la baisse de concentration, extraire le cuivre demande plus de camions, plus d’énergie, plus de produits chimiques, bref, plus d’impacts environnementaux et, aussi, plus d’eau.

Dans des régions comme le Chili ou le Pérou où l’eau se fait rare, là aussi ça peut faire une énorme diff.

 

 

Pour pallier la baisse de concentration dans les mines, on fore de plus en plus profond pour trouver du cuivre : à 550 mètres aujourd’hui en moyenne contre seulement 400 en 2010.

 

Raison 2 : on cherche, mais on ne découvre (presque) plus de cuivre

 

Deuxième grosse source d’inquiétude : on ne découvre presque plus de cuivre depuis 10 ans.

 

 

Parmi tout le cuivre découvert depuis 1990 vous savez combien on en a découvert ces 10 dernières années ? Seulement 3.5 %. Presque rien.

[ SOURCE : SP Global, « New major copper discoveries sparse amid shift away from early-stage exploration », Juillet 2024  ]

 

Et pourtant, les budgets d’exploration sont en hausse. En clair, on met de plus en plus d’argent pour trouver de moins en moins de cuivre.  Ça aussi, ça sent pas bon.

Raison 3 : Construire une nouvelle mine de cuivre, c’est très (trop) long

 

Le pire, c’est que même si on faisait d’énormes découvertes cette année, ça nous aiderait à peine.

 

Pourquoi ? Parce qu’entre le moment où on découvre un gisement, et le moment où on produit les premiers kilos de cuivre, ça prend environ 18 ans.

[ SOURCE : S&P Global, New major copper discoveries sparse amid shift away from early-stage exploration, 4 Juillet 2024 ]

 

 

Construire la mine, c’est rapide : c’est environ 2 ans. Mais avant ça, explorer la zone, faire les études environnementales, les études d’ingénierie, et obtenir tous les permis, ça prend une bonne quinzaine d’années.

 

Donc même un maxi gisement miraculeux découvert demain matin ne pourrait rien produire avant 2026 +18 ans ça fait 2044. Aïe.

 

Ouais, on pourrait bien manquer de cuivre. Impossible de se passer assez vite et assez fort des énergies fossiles. Il nous manque un métal et non des moindre : le métal roi de l’électricité, le cuivre.  Whoa, j’étais pas prêt …..

 

Je suis sûr que dans les prochaines années, cette histoire, vous allez l’entendre.

 

Des gens vont vous dire que la transition énergétique est si gourmande en métaux qu’elle n’est tout simplement pas soutenable. La transition, c’est un doux rêve d’écolo irréalistes qui va se fracasser sur la dure réalité matérielle, la réalité de la mine.

Le rêve d’une sortie par le haut des énergies fossiles, grâce aux technologies bas carbone, va se faire faucher par le bas, par des mines qui se tarissent.

 

La solution c’est, sinon de prier, du moins de se préparer à une immense cure de sobriété pour ne pas subir l’effondrement.

On aurait pu, nous aussi, s’arrêter là. Vous proposer une vidéo flippante, bien anxiogène, parfaite pour buzzer et dire “la transition c’est du rêve, on est pas sortis de l’auberge”.

 

Mais heureusement, on a continué nos recherches et ce qu’on a trouvé a tout bouleversé.

 

Partie 4 : Pourquoi on pourrait (en fait) produire assez de cuivre

 

Pourquoi pourrait-on – en fait – produire assez de cuivre pour couvrir tous nos besoins ?

 

La première chose à comprendre, c’est que la projection de l’AIE qui fait peur et qui nous montre un énorme déficit de cuivre dans 10-15 ans (40% du cuivre manquant) ce n’est PAS, mais alors PAS DU TOUT une prédiction de la production future.

 

C’est la production future SI et c’est un énorme SI – il n’y a aucun nouvel investissement dans les mines existantes. Zéro. Pas un euro de plus.

[ SOURCE : AIE, « Global Critical Minerals Outlook 2025 », mai 2025, p.291 ]

 

 

L’AIE prend les mines actuelles, les investissements déjà décidés, et elle dit : “si on ne fait rien de plus d’ici à 2040, voilà le cuivre qu’on sortira de terre.

 

C’est ce que nous a confirmé en interview le chercheur français Gaël Parpan qui a publié un article et surtout une thèse sur l’enjeu d’approvisionnement en cuivre pour la transition énergétique. Oui, pile notre sujet 🙂

[ SOURCES :Gaël Parpan, “L’atténuation du changement climatique sous contraintes de disponibilité des ressources minérales : le cas central du cuivre dans les voies socio-économiques partagées”, Thèse soutenue le 24 novembre 2025 & Parpan et. al., “Examining copper supply consistency in socioeconomic pathways: A mine-level dynamic approach”, 2026

 

Autrement dit, les projections de l’AIE, c’est un MINIMUM de production future, ce n’est pas du tout ce qui va se passer.

Pourquoi ? Parce qu’en réalité, les mines existantes vont bien sûr continuer à investir pour maintenir et augmenter leur production.

 

Là, il faut qu’on reparle de la concentration de cuivre qui baisse.

Pour l’instant, on vous a donné l’interprétation négative : on exploite des gisements moins concentrés, donc pour obtenir notre tonne de cuivre il faut extraire plus de roches, avec plus d’impacts environnementaux, plus d’énergie, plus d’eau, etc.

 

C’est vrai, même si en réalité, l’industrie minière a fait de gros progrès techniques qui ont limité ces effets négatifs. 

[ SOURCES : Olivier Vidal, “Ressources minérales, progrès technologique et croissance, décembre 2018, p. 9” & exemples : Prominer, Quelles techniques avancées révolutionnent le traitement de l’extraction du cuivre ?, 2025 ]

 

 

Mais il y aussi une interprétation positive. Maintenant que c’est possible et rentable d’extraire du cuivre concentré à moins de 0.5 % y’a tout plein de gisements de cuivre qui deviennent exploitables. Ca se voit bien avec l’augmentation des réserves : c’est-à-dire du cuivre qu’on est capable d’extraire au prix et aux conditions techniques et réglementaires actuelles.

 

 

En 2000, les réserves de cuivre étaient estimées à 340 Mt. En 2010, à 630 Mt, et en 2025, les réserves augmentent encore pour atteindre 980 Mt.

 

Pour vous donner un point de comparaison, 980 Mt, c’est plus du double de tout le cuivre dont on a besoin jusqu’à 2040 [Demande totale 2024-2040 AIE Net Zero = 477 Mt ]

 

Autre manière de voir ça, malgré une production de cuivre qui ne fait qu’augmenter, les réserves prouvées de cuivre représentent l’équivalent d’une quarantaine d’année de production.

 

 

Mais comment les réserves de cuivre peuvent-elles autant augmenter si on ne fait presque aucune découverte depuis 10 ans et qu’on en extrait de plus en plus chaque année ?

 

C’est le moment de revenir sur ce graphique des découvertes

 

 

En réalité, ce graphique est hyper trompeur. parce qu’il masque complètement des découvertes récentes. 

Imaginez : vous avez une mine de cuivre au Chili où vous exploitez un gisement à 1%, découvert en 1990. Ce gisement commence à se tarir, vous faites des forages autour, des études, et vous découvrez en 2026 qu’il y a  un énorme gisement de cuivre à 0,5% que vous pouvez exploiter juste à côté.

 

En quelle année va être comptée cette découverte dans notre graph ? Et bien c’est étonnant, mais la réponse c’est : en 1990, année de découverte du gisement initial, et pas en 2026 année où on a “réellement” découvert plus de cuivre.

 

C’est chelou mais c’est une convention de l’industrie minière.

Grâce à une équipe de chercheurs et d’analystes miniers australiens, on a pu reconstituer combien de cuivre on a réellement découvert depuis 2010.

[ SOURCE : Pietro Guj & Richard Schodde, “Will future copper resources and supply be adequate to meet the net zero emission goal?”, 2025 ]

 

 

Tout de suite ça, ça fait beaucoup moins peur.

Plus de 800 millions de tonnes de cuivre découvert en cumulé soit 3 fois plus que le cuivre miné sur la période. C’est tout de suite plus rassurant.

 

L’essentiel de ce cuivre a été découvert là où se concentrent les budgets d’exploration : autour des gisements déjà connus et exploités. La logique se comprend très bien.

Pourquoi chercher à l’autre bout du monde un nouveau gisement de cuivre – même concentré à 1% – pourquoi perdre 18 ans et plein d’investissement à construire une mine nouvelle en partant de zéro, alors que vous pouvez trouver du cuivre à 0,5% là où vous avez déjà des mines, des infrastructures, et une main d’œuvre qualifiée ?

Pour les entreprises minières, c’est beaucoup moins risqué de chercher à étendre la production des mines actuelles que de chercher des gisements nouveaux, même plus concentrés.

 

Et c’est donc précisément ce que font la plupart des entreprises minières : elles explorent autour des mines pour réévaluer leurs réserves de cuivre et augmenter la durée de vie de leurs mines.

 

Les seuls à mettre le paquet aujourd’hui pour trouver de “vrais” nouveaux gisements, c’est les Chinois.  Ils ont assez peu de mines à eux et sont prêts à en développer des nouvelles en Zambie ou en République Démocratique du Congo, même si ça prend des années.

[ SOURCE : Wood Mackenzie, Can copper supply keep up with surging demand? China steps up investment as Western miners remain cautious, 20 Novembre 2025 ]

 

Maintenant qu’on a compris la logique actuelle des compagnies minières, on comprend les faiblesses du graph de l’AIE qui voit la production décliner. L’AIE fait comme s’il n’allait y avoir aucun nouvel investissement dans les mines actuelles OR, on vient de vous le montrer, ce n’est pas du tout ce qui va se passer.

 

C’est bien de comprendre les limites des projections de l’AIE, mais ça ne résout pas notre problème : est-ce que les entreprises minières vont réussir à augmenter leur production de 40 % en 10-15 ans en misant presque uniquement sur les mines actuelles ?

 

Et c’est à ce moment-là qu’on est tombé sur l’article de Gaël Parpan écrit avec d’autres chercheurs connus si vous êtes un peu geek de la transition : le modélisateur Baptiste Andrieu et le géologue Olivier Vida.

[ SOURCE : Parpan et. al., “Examining copper supply consistency in socioeconomic pathways: A mine-level dynamic approach”, Janvier 2026 ]

 

Dans cet article, les auteurs cherchent à voir quelle pourrait être la production future de cuivre SI L’INDUSTRIE MINIÈRE CONTINUE À INVESTIR.

 

Ils ont 3 scénarios, un peu optimiste, un moyennement optimiste, et un très optimiste.

 

 

On voit que même leur scénario le plus pessimiste dépasse de loin les projections de prod de l’AIE. On était donc face à un scénario “minimum de chez minimum”.

Dans le scénario “moyen”, les mines actuelles font ce qu’elles ont toujours fait, et ce qu’elles font aujourd’hui : elles investissent pour étendre leur production et leur durée de vie.

Là, on voit qu’on a assez de cuivre pour la transition énergétique du scénario “net zéro”. On pourrait même avoir un peu de marge dans 10-15 ans.

 

Et dans le scénario le plus optimiste, l’industrie minière arriverait même à dépasser largement les besoins actuels.

Ouf, on respire ! Si le scénario “moyen” suffit à fournir tout le cuivre dont a besoin pour une trajectoire “net zéro” c’est que NON, le cuivre n’est pas un obstacle infranchissable pour la transition énergétique. Nous voilà soulagés ! 🙂

 

D’autant plus que l’équipe française de chercheurs n’est en fait pas la seule à projeter que la production pourrait être suffisante, si les investissements suivent.

 

En septembre 2024, le géant minier BHP imaginait lui aussi qu’avec des investissements proches des mines (“possible brownfield”) il pourrait n’y avoir aucun déficit de cuivre en 2035.

[ SOURCE : BHP, “BHP Insights: how copper will shape our future”, septembre 2024 ]

 

 

Et même des institutions plus alarmistes comme SP Global imaginent dans leurs annexes – ils n’en parlent pas dans le corps du texte – un scénario de production minière non contrainte (“unconstrained production”) qui parviendrait à satisfaire la demande jusqu’à 2040.

[ SOURCE : S&P Global Energy and Market Intelligence, Copper in the Age of AI, Challenges of Electrification, Janvier 2026, p.112 ]

 

 

Comment comprendre alors les prédictions alarmistes de l’AIE ?

Plutôt que de dire simplement “bou bou bou ils ont mal fait leur boulot”, je pense qu’il vaut mieux le prendre comme un avertissement.

SI l’industrie minière n’investit pas rapidement plus d’argent dans les mines existantes, ALORS on risque de manquer de cuivre dans les 10-15 prochaines années.

 

L’AIE dit qu’il faut investir 490 milliards de dollars d’ici à 2040 pour suivre le scénario “NZE”.

 

[ SOURCE : AIE, Global Critical Minerals Outlook 2024, 17 Mai 2024, p. 225 ]

 

Ça fait environ 29 milliards de dollars par an. C’est un niveau d’investissement qu’on a déjà atteint et même dépassé dans les années 2010, lors du dernier boom de la demande de cuivre porté par la croissance chinoise. 

[ SOURCE : S&P Global, “Copper miners enjoy high profits, but development capital expenditure lag”, avril 2023 ]

 

 

Autrement dit, les niveaux d’investissements nécessaires n’ont rien de délirant ou d’impossible.

 

Par contre, les projets miniers sont de plus en plus contestés par les communautés locales, notamment pour les pollutions occasionnées, les impacts sur l’environnement et la santé.

 

Pour augmenter la production de cuivre, la question n’est pas – est-ce qu’il y a assez de cuivre ? – mais bien plutôt : est-ce que les entreprises minières peuvent rendre leurs activités plus acceptables en diminuant les impacts ?

Si les impacts sociaux et environnementaux des mines de cuivre et les moyens de les réduire vous intéressent, dites-le nous en commentaire.

 

On se fera un plaisir de dédier une vidéo entière à ces enjeux. Mais d’abord, une p’tite conclusion, et les leçons qu’on tire de cette vidéo.

 

Conclusion :

 

On va être clair : notre conclusion, c’est que NON, le manque de cuivre ne condamne pas la transition énergétique.

OUI, il faudra beaucoup de cuivre pour construire les réseaux électriques, les panneaux solaires, les éoliennes, les voitures électriques, les pompes à chaleur, les batteries qui remplaceront les énergies fossiles.

Mais NON, ces besoins en cuivre ne sont pas “délirants” ou “insoutenables”

 

On en a bien assez dans le sous-sol pour réussir la transition énergétique.

 

Il faut faire très attention à qui vous dit : “la transition c’est bien joli, mais vous comprenez, ça demande trop de métaux, trop de cuivre, trop de lithium, ça ne marche pas”.
Quand on creuse le sujet – sans mauvais jeu de mot 🙂 – ça a l’air tout à fait possible de produire vite assez de cuivre, même pour des politiques climatiques très ambitieuses.

 

Attention, ça veut pas dire qu’il y aura pas des petites pénuries ça et là, des moments où le prix du cuivre va monter en flèche.

L’AIE a d’ailleurs bien raison de nous avertir que sans investissements massifs et rapides de l’industrie minière, on pourrait manquer de cuivre.

 

Pourquoi on s’est attaqué à leurs projections alarmistes ? Parce que si des hommes ou femmes politiques lisent le rapport de l’AIE, ils vont penser que leurs projections sont des prévisions. Ils vont croire à la pénurie de cuivre.

 

Et là, le risque est grand que certains disent : “ce risque est beaucoup trop grand donc mettons à la poubelle toutes les règles environnementales et sociales, minons comme des cochons : Drill, baby drill !

Ça serait une immense erreur. Au contraire, pour que la production augmente assez vite, l’idéal serait que les entreprises minières minimisent les conflits avec les populations locales et les nuisances pour minimiser les retards.

 

Mais ça, c’est pour une prochaine vidéo sur les impacts des mines.

 

D’ailleurs, on va publier en bonus sur Osons Comprendre une version longue de notre interview avec Gaël Parpan, où on discute des impacts environnementaux, de justice Nord/Sud, et des risques d’instrumentalisation des impacts des mines dans des discours anti transition.

Si vous avez aimé Gaël en extraits, n’oubliez pas de foncer le voir en entier 🙂

 

Pour aujourd’hui, c’est déjà bien de savoir que la transition énergétique n’est pas impossible par manque de cuivre. Ça vaut le coup de nous battre pour l’accélérer le plus possible.

 

Ça vaut le coup de continuer à expliquer autour de nous que la transition est déjà en cours, et que malgré les Trump du monde entier, les technologies bas carbone sont en train de gagner la bataille.

 

J’espère que nos vidéos vous seront utiles pour ça.