Les guerres israélo-arabes et l'expansion d'Israël : 1949-1979 - Osons Comprendre

Les guerres israélo-arabes et l'expansion d'Israël : 1949-1979

À sa création en 1948, Israël est un petit pays, menacé par des voisins arabes. En 1979, l'État hébreu est une puissance militaire et nucléaire incontestée, soutenu par les États-Unis en paix avec plusieurs de ses voisins. Comment les guerres israélo-arabes ont-elles permis à Israël d'asseoir sa domination sur la région ?

  • Commentaires
  • Points clés
  • Sources et références

Commentaires

Seuls les membres abonnés peuvent poster un commentaire.

Je m'abonne

Points clés

  • En 1949, Israël a gagné la première guerre israélo-arabe, contrôle 78 % du territoire de la Palestine mandataire, mais n’a pas pour autant la paix. Les États arabes voisins préparent leur revanche pour faire tomber Israël et permettre le retour des 750 000 réfugiés palestiniens.

 

  • Le champion des États arabe est la jeune République arabe d’Égypte, dirigée par Nasser. Ce héraut du panarabisme est très influent et écouté partout dans le monde arabe. Après s’être débarrassé de la tutelle britannique lors de la crise de Suez en 56, Nasser prépare la revanche contre Israël avec de l’armement soviétique. À la même période, Israël ne compte pas sur les armes américaines mais françaises. La France va même jusqu’à fournir une usine d’enrichissement du plutonium à Israël qui ne tarde pas à obtenir sa première bombe atomique.

 

  • Les tensions aux frontières montent jusqu’à leur paroxysme, début juin 1967. Le 6, Israël décide de lancer une attaque aérienne préventive qui neutralise intégralement l’aviation égyptienne. Les armées syriennes et jordaniennes ne résistent pas beaucoup mieux. La progression israélienne est fulgurante. En 6 jours, le Sinaï égyptien et le Golan syrien sont conquis. La Jordanie est chassée de la Cisjordanie. L’ État hébreu connaît alors son extension maximale : en plus du Sinaï et du Golan, elle contrôle l’intégralité de la Palestine mandataire. L’ONU condamne cette invasion dans la Résolution 242, votée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité.

 

  • Pour la société israélienne, retourner à Jérusalem est un événement. Le rabbin de l’armée propose de raser l’esplanade des mosquées pour y reconstruire le temple de Salomon. Les généraux refusent. L’exaltation religieuse et patriotique est assez importante pour que 250 000 juifs, soit 10% de la société israélienne, se réunissent devant le mur des Lamentations pour la fête juive de Chavouot.

 

  • Pour l’Égypte, la Syrie et la Jordanie défaits, l’humiliation est importante. Réunis à Khartoum pour un Sommet de la Ligue arabe, ces pays changent d’objectif. Il ne s’agira plus pour eux de “libérer la Palestine” mais de “liquider les séquelles de l’agression”. Entendre : “récupérer le Sinaï et le Golan perdus en 1967”. Les Palestiniens claquent la porte, s’estimant trahis.

 

  • Récupérer ces territoires ne se fera pas par la négociation. Les propositions de paix de l’Égypte de 71 et 73 sont restées lettre morte. L’Égypte et la Syrie vont préparer une guerre surprise pour regagner leurs territoires. Forts d’un armement soviétique de qualité, les États arabes attaquent Israël par surprise le 6 octobre 1973, jour de la fête juive du Kippour. Leur progression est rapide mais, grâce à une importante mobilisation des réservistes et un pont aérien américain, l’armée israélienne parvient à stopper les assaillants et à renverser la vapeur. L’attaque arabe est repoussée.

 

  • Cette victoire militaire israélienne marque la fin des guerres israélo-arabes. La Syrie ne récupèrera jamais le plateau du Golan et l’Égypte n’obtiendra le Sinaï qu’après de longues négociations, lors des accords de paix de Camp David signés en 1979. Si Israël s’est fait peur en 73, elle n’est à présent plus le petit poucet de la région, elle s’affirme au contraire comme la puissance militaire et nucléaire incontestée de la région.

Sources et références

Bibliographie organisée

Les ouvrages : 

  • La somme magistrale d’Henry Laurens, professeur au collège de France : La question de Palestine. Les tomes 3 et 4 nous intéressent pour la vidéo du jour. Leur référence ici :

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007

Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011

 

Si vous souhaitez télécharger des ouvrages difficilement accessibles (ou non), ce site collaboratif des Archives d’Anna aux 125 millions de références gratuites pourra vous être utile.

 

Les vidéos : 

  • Deux conférences synthétiques d’Henry Laurens :

“Israël-Palestine : la paix impossible” : https://youtu.be/4XSBHjfcvkU?si=rBnK3dkitIJSXkhk

“La question de Palestine” : https://www.youtube.com/watch?v=3tHFnJ8FXQo

 

D’une manière générale, les conférences de l’IREMMO sont toujours précieuses et accessibles : https://www.youtube.com/@iReMMO/videos

Citons en particulier cet entretien de l’IREMMO sur les relations entre Israël et la France : https://youtu.be/7b_7IgNHClg?si=N7_ou_Ku93tk2ghB

 

En particulier sa vidéo consacrée à Israël : https://www.youtube.com/watch?v=8xbkakrwmFo&t=6s

 

Podcasts : 

 

  • Série France Culture : “Histoire du conflit israélo-palestinien – 4 vidéos”. Ecouter en particulier la troisième : Histoire de l’Organisation de libération de la Palestine (3/4)  : https://www.youtube.com/watch?v=01kRGIAzDnY&t=66s

 

Sources citées dans la vidéo

 

Histoire militaire

 

Pierre Razoux, Tsahal : Nouvelle histoire de l’armée israélienne, 2006, chap. 5.1 (« La bataille des frontières et l’Unité 101 »)

 

Benny Morris, Victimes : histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003

 

Nikolaï Sourkov, “L’histoire méconnue des interventions militaires russes au Proche-Orient”, Orient XXI, 2016

 

Le retour à Jérusalem et les exaltations messianiques 

 

Charles Enderlin, Au nom du temple : l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013)

 

Nehemia Shtrasler, On Eve of Its 74th Independence Day, Israel Has Yet to Realize Zionism’s, Haaretz, 3 Mai 2022

 

L’Égypte et les anciens nazis

 

Danny Orbach, Fugitifs, Nouveau monde, 2023

 

Nazis in Cairo, Patterns of Prejudice, 1:3, 6-8, 1967

 

Relations Israélo-arabes

 

Charles Enderlin, Le Grand aveuglement : Israël et l’irresistible ascension de l’islam radial, 2009

 

 

Script de la vidéo avec les références – NON ÉDITÉ, Coquilles possibles

 

1949 : Israël a gagné la guerre mais n’a pas la paix

 

Nous sommes en 1949. L’État d’Israël a tout juste 1 an. Il a gagné sa première grande guerre contre les armées arabes.

 

Grâce à cette victoire militaire, Israël a gagné du territoire par rapport à ce que prévoyait le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

Après la guerre, Israël contrôle 78 % du territoire de la Palestine mandataire.

Cette conquête, les Palestiniens l’appellent la Nakba, la catastrophe. Environ 750 000 Palestiniens sont chassés de chez eux, perdent leur maison, leurs champs, leurs racines, et doivent trouver refuge à Gaza, en Cisjordanie, ou dans les pays arabes voisins.

 

Pire, l’État palestinien que prévoyait le plan de partage de 1947 de l’ONU n’existe pas.

 

Le territoire prévu pour la Palestine est grignoté par les voisins arabes. La Jordanie contrôle la Cisjordanie, L’Egypte contrôle Gaza.

Les Etats arabes ne s’avouent pas vaincus. Ils préparent leur revanche pour faire tomber Israël, libérer la Palestine et permettre le retour des 750 000 réfugiés.

En 1949, Israël a gagné la guerre, mais elle n’a pas la paix.

 

L’Egypte de Nasser, champion du monde arabe, ennemi d’Israël.

 

Le champion du monde arabe de cette époque dans les années 1950-1960 c’est incontestablement Nasser, le dirigeant de l’Egypte.

 

En 1952, la vieille monarchie égyptienne est renversée par un putsch du “mouvement des officiers libres”. Un jeune lieutenant-colonel a fondé ce groupe de militaires modernistes. Il s’appelle Gamal Abdel Nasser. En 1954, il devient Président de la République d’Egypte.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp.434-435 ]

 

Nasser veut développer l’Egypte économiquement  avec une politique d’inspiration socialiste. Et pour cela, il doit se débarrasser de l’ombre britannique.

 

1956 : la crise du canal de Suez

 

En juillet 1956, Nasser nationalise le consortium franco-britannique qui contrôle le canal de Suez.

 

Bon, vous imaginez bien que cette prise de contrôle n’a pas plu aux Français et aux Anglais. Le canal de Suez, c’était déjà à l’époque des gros revenus mais c’était aussi, voire surtout, LA route maritime qui relie l’Europe à l’Asie et au pétrole du Golfe. Hors de question d’abandonner un passage si stratégique pour le commerce maritime mondial à l’Egypte.

 

Les Israéliens aussi en veulent à Nasser : il a interdit à leurs navires la circulation dans le Canal de Suez et le Golfe d’Akaba.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.421 ]

 

En coordination avec l’armée israélienne, Londres et Paris attaquent l’Egypte et prennent rapidement l’avantage militaire. Israël occupe même brièvement Gaza, pour la première fois.

 

Nasser est alors à deux doigts de perdre son pari. Mais deux acteurs vont changer le cours de l’histoire. Les deux géants de la Guerre froide, les Etats-Unis et l’URSS, ordonnent aux Européens et aux Israéliens de se retirer d’Egypte.

 

Une force de l’ONU s’installe dans le Sinaï et à Gaza pour prévenir toute nouvelle agression. Pour l’anecdote, c’est la première mission des “casques bleus”, la force d’intervention internationale de l’ONU.

 

Cette “crise de Suez”, en 1956, arrive juste après la débâcle française en Indochine de 1954 et elle marque la fin des ambitions militaires des puissances impériales françaises et britanniques, qui dominaient le monde depuis des siècles.

 

Le dénouement de la crise de Suez, c’est le symbole du nouvel ordre international, dans lequel les boss, c’est les Etats-Unis et l’URSS, les deux ennemis de la Guerre froide.

 

Israël retiendra cette leçon : hors de question de se lancer dans une offensive militaire sans obtenir l’accord préalable des Etats-Unis.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.599 ]

 

Une autre conséquence majeure de cette crise de Suez, c’est que Nasser en sort auréolé d’un immense prestige dans tout le monde arabe, et même au-delà dans ce qu’on appelle alors le Tiers-Monde.

 

S’il a connu une défaite militaire, Nasser a incontestablement gagné la bataille diplomatique. Jouant habilement de sa “neutralité” entre l’URSS et les Etats-Unis, il a gagné son pari de nationaliser le canal de Suez. Les revenus générés par le transit maritime iront désormais à la toute jeune République arabe d’Egypte.

 

Mais Nasser voit plus loin que l’Egypte. Il a un rêve, il se voit en père d’un grand État arabe unifié et modernisateur.

 

S’il ne parvient pas à convaincre la Jordanie et l’Irak hachémites, la Syrie se montre bien plus favorable à cette idée “panarabiste”. Alors que le pays est empêtré dans une série de coups d’État, l’armée syrienne demande le rattachement de la Syrie à l’Egypte.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.607 ]

 

Le premier février 1958, la “République arabe unie” – issue de la fusion de l’Egypte et de la Syrie, est proclamée.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.609 ]

 

Cette RAU a même inclus brièvement le Yémen, alors en pleine guerre civile.

 

Mais le rêve se heurte vite au réel. La Syrie, lassée par une administration trop égyptienne et mal adaptée, reprend son indépendance en 1961 et met fin au projet panarabe.

 

Cependant, malgré sa relative courte durée, le rêve de Nasser de fédérer toutes les populations arabes a marqué les opinions publiques pour longtemps.

 

Les discours de Nasser, qui durent souvent des heures entières, sont diffusés partout dans le monde arabe grâce à la radio, qui se démocratise de plus en plus. Ces discours sont de véritables événements politiques et ne manquent jamais de mentionner la libération de la Palestine et le retour des réfugiés.

 

La course à l’armement

 

Nasser reste marqué par la défaite militaire de 1956 contre les troupes israéliennes, françaises et britannique.

 

Il engage l’Egypte dans une course à l’armement et amadoue les soviétiques pour obtenir des armes performantes.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.479 et sq ]

 

Israël aussi cherche des armes. Comme on l’a vu dans la première vidéo, durant la guerre israélo arabe de 48-49, ce sont les armes fournies par la Tchécoslovaquie soviétique qui ont permis à Israël d’emporter la victoire. Mais rapidement, les Soviétiques ont privilégié les Etats arabes pour développer leur influence dans la région. Israël devait donc trouver d’autres alliés pour se procurer des armes.

 

Israël pense bien évidemment aux Etats-Unis. On a du mal à imaginer à quel point Israël dépendait économiquement des Etats-Unis durant ses premières années. Un rapport du Congrès américain estime qu’en 1953, le budget d’Israël dépendait pour au moins 75 % de l’aide extérieure, très majoritairement américaine. La dépendance économique du tout jeune État était colossale.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.372 ]

 

Mais côté militaire, c’est pas du tout la même chose. Jusqu’en 1965, date du premier contrat militaire pour une livraison de chars Patton, les Etats-Unis refusent catégoriquement toute livraison d’armes lourdes à Israël. Dans le contexte de la Guerre froide, pas question de jeter les pays arabes dans les bras des soviétiques.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp.395-396 et 741 ]

 

Ca fait que le premier partenaire militaire d’Israël dans les années 50, c’est la France. Non seulement la France livre à Israël des centaines d’avions dont des dizaines de Mystère IV flambant neufs mais elle va jusqu’à permettre à l’Etat Hébreu d’acquérir l’arme atomique.

 

[ SOURCES : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp. 525-527 et 690.

“Des centaines” : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.19 ]

 

Shimon Pérès – futur premier ministre israélien, qui est alors un jeune envoyé du ministère de la Défense – conclut un accord secret avec la France pour la construction d’un réacteur nucléaire capable de produire du plutonium – composant essentiel de toute bombe atomique.

 

Le réacteur de Dimona, dans le Negev, entre en service en 1963 dans le plus grand secret – les israéliens le font passer pour une usine textile.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.659 et 662. ]

 

En plus de livrer à Israël l’usine à plutonium, la France – via l’entreprise Dassault – va développer avec Israël un missile balistique de courte portée baptisé Jéricho.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.690 ]

 

C’est pas très connu, mais avant les Etats-Unis, le principal partenaire d’Israël dans sa course à l’armement, ça a donc été la France. Ce partenariat a été largement interrompu par l’arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, p.660. ]

 

1967 : la Guerre des 6 jours, évènement majeur

 

La course à l’armement s’accompagne de nombreux accrochages aux frontières entre Israël et ses voisins.

 

Depuis Gaza, et sous l’œil bienveillant de l’Egypte, des combattants palestiniens, les Fedayins, attaquent des soldats et des civils israéliens. Depuis la Syrie, des bombardements d’artillerie frappent des kibboutzim au nord, et ill y a aussi des petites attaques depuis la Jordanie. Israël attaque en représailles des villages à la frontière syrienne et jordanienne.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, chapitres VIII à X ]

 

En 1953, lors d’une de ces opérations de représailles, l’armée israélienne attaque de nuit le village cisjordanien de Qibya et assassine entre 60 et 70 civils, surtout des femmes et des enfants. A la tête de ce massacre, un certain Ariel Sharon, qui a alors 25 ans. Sympa :/

 

[ SOURCES : chiffre de 69 victimes civiles, Pierre Razoux, Tsahal : Nouvelle histoire de l’armée israélienne, 2006, chap. 5.1 (« La bataille des frontières et l’Unité 101 »), pp. 125-128, chiffre de 60 victimes civiles : Benny Morris, Victimes : histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003 ]

 

Côté égyptien, l’hostilité à Israël et l’antisémitisme sont nourris par le recyclage d’anciens nazis par le régime de Nasser. D’autres pays ont recyclé des nazis, comme les Etats-Unis, l’URSS ou encore l’Argentine,

 

[ SOURCE : Danny Orbach, Fugitifs, Nouveau monde, 2023 ]

 

Mais en Egypte, plusieurs anciens nazis ont été intégrés au cœur de la police, de l’armée, et de la propagande anti Israël. Un seul exemple : Alfred Zingler et le Dr. Johann von Leers

étaient deux propagandistes nazis de Goebbels.

 

Renommés Mahmoud Saleh et Omar Amin, ils ont travaillé pour le département égyptien de l’information, et aidé à la création au Caire en 1955 d’un “Institut pour l’étude du sionisme” farouchement antisémite, qui a notamment traduit et diffusé dans le monde arabe le bestseller antisémite “le Protocole des Sages de Sion”

 

[ SOURCE : Nazis in Cairo, Patterns of Prejudice, 1:3, 6-8, 1967 ]

 

En 1967, la tension est à son comble. Nasser, qui cherche à ne pas perdre la face dans l’escalade verbale à laquelle se donnent les dirigeants arabes, demande aux casques bleus de l’ONU de se retirer du Sinaï.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp. 798-799 ]

 

Même si le dirigeant égyptiens n’avait, semble-t-il, aucun désir immédiat d’attaquer, Israël interprète la demande de Nasser comme le signe d’une guerre imminente.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp.809 et sq. ]

 

Faut dire que Nasser multiplie les déclarations annonçant la prochaine destruction de l’Etat hébreu. Israël va donc chercher la bénédiction américaine pour frapper la première et prévenir toute invasion.

 

Le 31 mai ils donnent leur feu vert à Israël, qui le 5 juin au matin, exécute un plan prévu de longue date : une attaque aérienne surprise à basse altitude pour neutraliser l’aviation égyptienne.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), 2007, pp.818 et 820. ]

 

En deux heures, 309 des 370 avions égyptiens sont détruits, les pistes aériennes sont également mises hors d’usage – on remerciera la bombe anti-piste Durandal développée pour l’occasion par Matra – cocorico ! 🙂 .

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp. 18-20 ]

 

L’aviation égyptienne laminée, Israël conquiert facilement le Sinaï et Gaza.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.33 ]

 

La Jordanie, elle, n’offre que peu de résistance face aux avions et au napalm israélien. Jérusalem et l’ensemble de la Cisjordanie sont conquis le 7 juin.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.44 ]

 

Au nord, le front syrien résiste mieux, mais une fois l’Egypte et la Jordanie neutralisés, Israël peut concentrer sur la Syrie toutes ces forces aériennes et terrestres. L’armée syrienne craint un encerclement de Damas et décide d’abandonner le plateau du Golan pour protéger la capitale. Pour l’Union Soviétique, la chute de Damas est inenvisageable. Avec les Etats-Unis, le 10 juin, ils imposent à Israël un cessez-le-feu qui met fin à cette “guerre des 6 jours”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp.37-41 ]

 

Territoires occupés, exaltation messianique, tentation du Grand Israël

 

Les armées arabes sortent de cette guerre laminées. Pour Israël, la victoire est totale : le territoire israélien connaît son extension maximale. Israël prend le Sinaï à l’Egypte, le plateau du Golan à la Syrie et occupe l’intégralité de la Palestine mandataire : Gaza, la Cisjordanie et surtout Jérusalem Est sont à présent sous contrôle israélien.

Il est très difficile de mesurer ce que la prise de Jérusalem représente pour les israéliens. Le 7 juin, jour de sa conquête, est devenu un jour férié.

 

Pour la première fois depuis 1948, des Juifs peuvent prier devant le Mur des Lamentations. La Jordanie interdisait – au mépris des conventions d’armistice – aux juifs d’y prier et même de s’y rendre.

 

Si les premiers parachutistes entrés dans la ville se sont comportés de façon exemplaire, les militaires arrivés par la suite voyaient la prise des lieux saints comme une opportunité.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.31 ]

 

Là, il faut que je vous raconte une anecdote extraordinaire. Shlomo Goren, le rabbin aumônier de l’armée israélienne – et accessoirement ancien membre du groupe Stern – entre en transe messianique quand il pénètre dans la vieille ville et propose de raser l’esplanade des Mosquées – le 3ème lieu saint de l’Islam. Heureusement, les généraux refusent tout net. Idem quand Goren Propose d’édifier une synagogue sur l’esplanade des Mosquées.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp.30-31 et 72 et Charles Enderlin, Au nom du temple : l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013), 2013, pp 19-22 ]

 

Détruire l’esplanade des Mosquées de Jérusalem pour y construire ou plutôt y reconstruire le temple de Salomon, c’est alors une idée folle, que seuls quelques extrêmistes religieux comme Goren soutiennent. Mais aujourd’hui, c’est le rêve d’une forte minorité religieuse messianique, représentée par des gens comme Bezalel Smotrich ou Itamar Ben Gvir, qui sont à l’heure où je vous parle les ministres des finances et de la sécurité nationale de Benjamin Netanyahu.

 

[ Nehemia Shtrasler, On Eve of Its 74th Independence Day, Israel Has Yet to Realize Zionism’s, Haaretz, 3 Mai 2022 ]

 

Si l’armée du ministre Moshe Dayan a mis un stop très clair aux provocations délirantes du rabbin Goren, il n’a pas laissé la ville intacte pour autant. Le quartier maghrébin de Jérusalem – un morceau de la vieille ville qui datait du XIIème siècle et faisait face au Mur des Lamentations – a été rasé en 3 heures pour faire place aux fidèles. Une semaine après la prise de Jérusalem, le 14 juin, c’est 250 000 juifs qui, pour la première fois de leur vie, se rassemblent devant le mur, à l’occasion de la fête religieuse de Shavouot. 250 000 personnes en 1967, c’est presque 1 israélien sur 10 |en réalité 1/11, 2.75M de Pop]  qui a fait le voyage à Jérusalem et prie devant le mur. L’exalta tion populaire est vraiment stupéfiante.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 46-47 ]

 

Après 1967, les Etats arabes revoient leurs ambitions à la baisse

 

Si la conquête éclair de 1967 a galvanisé la société israélienne, elle a profondément choqué les belligérants arabes, et particulièrement l’Egypte.

 

Scotché par la débâcle militaire, Nasser annonce sa démission – avant de finalement se maintenir au pouvoir après d’importantes manifestations de soutien.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 38-39 ]

 

La défaite de 67 change la donne du côté des pays arabes. Dans la résolution de Khartoum au Soudan, les Etats arabes ne parlent plus de “libération de la Palestine” mais de “liquidation des séquelles de l’agression”. Entendre : maintenant défaire Israël et permettre le retour des Palestiniens expulsés en 48 passera au second plan, ce qu’on veut c’est principalement récupérer les territoires perdus : le Sinaï et le Golan particulièrement.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 74-79 “Khartoum” ]

 

Ce changement de stratégie ouvre la porte à la négociation : une restitution des territoires contre la paix avec Israël. A partir de la défaite de 67, les intérêts des pays arabes et de la cause palestinienne divergent de plus en plus.

 

Les Palestiniens d’ailleurs, ne s’y trompent pas, ils voient cette résolution comme une trahison de leur cause, et ils claquent la porte du sommet.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.78 ]

 

Droit international : la résolution 242 de l’ONU

 

Du côté de la communauté internationale, l’attaque israélienne a choqué. Les grandes puissances du Conseil de sécurité de l’ONU votent un texte encore très important aujourd’hui, la “résolution 242 du Conseil de l’ONU”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.97 ]

 

Cette Résolution 242 condamne l’agression israélienne. Le Conseil qualifie d’”inadmissible l’acquisition de territoires par la guerre” et “exige […] le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit”.

 

[ SOURCE : ONU, Résolution 242 du 22 novembre 1967 ]

 

Point important : les deux langues officielles de l’ONU sont l’anglais et le français. Au passage, ça dit quelque chose du poids de la France dans l’histoire de la diplomatie.

Le truc, c’est que la version en anglais parle de retrait “from occupied territories”, ce qui peut se traduire comme dans la version française par “retrait des territoires”, mais aussi par “retraits DE territoires”. Autrement dit, de seulement certains territoires.

 

Les juristes israéliens ont défendu que la bonne version était celle en anglais, avec la traduction qui les arrangeait, retrait DE territoires et pas DES territoires. On pourrait penser que dans le doute, la langue la plus claire devrait primer, ici le Français, mais bien sûr, le droit est un enjeu de luttes et le langage diplomatique est truffé de ces ambiguïtés qui ménagent la chèvre et le choux.

 

Dans tous les cas, la version française de la résolution onusienne demande bien à Israël de se retirer du Sinaï égyptien, du Golan syrien, et des parties de la Palestine mandataire qu’elle occupe illégalement : Gaza, Jérusalem Est, et toute la Cisjordanie.

 

Si l’ONU condamne, peu de pression est mise sur Israël qui, à partir de 1967, administre ces territoires occupés.

 

C’est l’Egypte de Nasser qui a le plus perdu avec la défaite de 67. En perdant le Sinaï, l’Egypte n’a pas seulement perdu un désert, elle a perdu les revenus du Canal de Suez, qui, après 1967, est fermé à la circulation.

 

Pour préparer la revanche, Nasser a besoin de temps et surtout d’armes. Pour cela, il se tourne encore plus vers l’Union Soviétique qui lui fournit avions, chars et missiles anti aériens.

 

[ SOURCE : Nikolaï Sourkov, “L’histoire méconnue des interventions militaires russes au Proche-Orient”, Orient XXI, 2016 ]

 

En parallèle, Nasser entame aussi des négociations de paix. Suivant une manœuvre diplomatique soviétique, Nasser accepte en 70 le “Plan Rodgers” – un plan de paix contre territoires proposé par les Etats-Unis, qu’Israël avait refusé un peu plus tôt.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 304-305 ]

 

En février 71, Anouar el-Sadate, le successeur de Nasser, propose aussi la paix aux Israéliens, contre le retrait des territoires occupés. Mais Israël qui ne comptait pas revenir aux frontières d’avant 67, refuse.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 354, 358 et ]

 

En février 73 rebelote : Sadate propose la paix aux Israéliens contre le retrait du Sinaï et une reconnaissance des droits légitimes des Palestiniens. Nouveau refus.

 

[ SOURCE : Charles Enderlin, Le Grand aveuglement : Israël et l’irresistible ascension de l’islam radial, 2009, p.48 ]

 

1973 : la guerre du Kippour, dernière grande peur d’Israël

 

Malgré ces quelques tentatives de rapprochement, la solution militaire gagne du terrain chez les Egyptiens. C’est par la force qu’on imagine récupérer les territoires perdus. Dès le printemps 1973, la Syrie et l’Egypte se préparent à attaquer .

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 444 ]

 

L’idée est de frapper Israël le jour de Kippour, quand toute la société israélienne célèbre cette fête juive.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 444 ]

 

La Syrie et l’Egypte préparent leur attaque minutieusement et font tout pour la garder secrète. Les Israéliens sont pourtant avertis de la possibilité d’une attaque, d’abord par le roi Hussein de Jordanie – qui n’était pas entièrement dans la confidence – et surtout par leur informateur haut placé dans le pouvoir égyptien : Ashraf Marwan, dit l’Ange du Mossad ou Le Gendre puisque Marwan était le mari d’une des filles du Président Nasser.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp 463-464 ]

 

Seulement, un peu par arrogance et un peu par négligence, Israël ne tient pas compte de ces avertissements et se retrouve prise au dépourvu quand, le 6 octobre à 14h, les armées égyptiennes et syriennes attaquent simultanément les positions israéliennes sur le Sinaï et le Golan. En quelques heures, le Canal de Suez est franchi et les premières défenses du Golan tombent.

 

Le coup est rude pour Israël qui ne s’avoue pas vaincue. Petit à petit, Tsahal parvient à stopper puis à contourner la colonne syrienne sur le Golan. Pas une mince affaire puisqu’entre-temps, les Syriens ont reçu l’appui de de l’Irak et de la Jordanie, et le ravitaillement en armes de l’URSS.

 

Dans le Sinaï, plusieurs erreurs de Sadate permettent à Israël – soutenue par un pont aérien de ravitaillement américain – de renverser la vapeur et de repasser le Canal pour prendre à revers les forces égyptiennes.

 

Ariel Sharon, le massacreur de Qibiah et futur premier ministre, est à ce moment-là commandant du front sud. Grâce à ses manœuvres audacieuses, il contribue fortement à faire pencher la victoire du côté d’Israël, et devient un héros de guerre.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, Chapitre IX ]

 

Israël a donc réussi à se relever du coup initial et menace à présent Le Caire et Damas.

 

Les grandes puissances américaines et soviétiques négocient un cessez-le-feu, qui est demandé par l’ONU le 22 octobre. Pour s’assurer de l’arrêt des combats, des casques bleus et des observateurs se rendent sur place.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.515 ]

Le premier choc pétrolier

 

Cette nouvelle défaite arabe de 1973 va changer la donne régionale et mondiale pour longtemps.

 

D’abord, la guerre du Kippour a joué un rôle clé dans le déclenchement du premier choc pétrolier. C’est pour faire pression sur Israël et ses soutiens américains que les pays arabes membres de l’Opep ont décidé d’augmenter les prix du baril de pétrole et de diminuer les exportations et ce, “jusqu’à ce que les territoires occupés par Israël en 67 soient libérés et le peuple palestinien rétabli dans ses droits”.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp.497-499 ]

 

Cette utilisation de l’arme du pétrole par les pays arabes producteurs (Irak et Arabie Saoudite en tête) a eu des conséquences qui ont dépassé le cadre du conflit moyen-oriental. Crise économique, chômage, bouleversement du modèle des 30 glorieuses, Si le sujet vous intéresse, je vous recommande cette vidéo où on voit notamment les impacts de ce premier choc pétrolier.

 

Autre conséquence majeure de la guerre du Kippour : les pays arabes défaits sortent affaiblis de ce conflit.

1979, paix avec l’Egypte : les accords de Camp David

 

Les dirigeants égyptiens ont pris conscience de la supériorité militaire israélienne et Sadate comprend que seule la diplomatie peut lui faire regagner le Sinaï et Suez. Il se rapproche des Etats-Unis et finit par conclure – après de longues négociations – un accord de paix avec Israël. C’est les accords de Camp David signés en 1979 avec Menahem Begin, alors premier ministre de l’Etat hébreu.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, pp.772-788 ]

 

Si son nom vous dit quelque chose, c’est normal. Begin, on l’a rencontré dans les années 30-40, quand il était le chef du groupe extrémiste Irgoun, qui organisait des attaques à la bombe contre des arabes et contre les britanniques.

 

L’accord de paix israélo-égyptien de Camp David est vivement critiqué par les voisins arabes. Les Palestiniens et les Jordaniens se sentent abandonnés : Sadate les ayant complètement lâchés pour ne négocier que la restitution du Sinaï.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.791 ]

 

Les Etats membres de la  ligue arabe gèlent leurs relations avec l’Egypte, le siège de la Ligue est transféré du Caire à Tunis, les Etats du Golfe suspendent leur aide économique.

L’Egypte, plus isolée que jamais, se tourne alors davantage vers les Etats-Unis.

 

[ SOURCE : Henry Laurens, La Question de Palestine – Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), 2011, p.799 ]

 

Suite aux accords de camp David, Israël doit démanteler quelques colonies installées dans le Sinaï, avant de restituer ce territoire à l’Egypte. Mais à ce prix, l’accord signé en 79 a permis à Israël de neutraliser, jusqu’à aujourd’hui, l’Egypte, son principal voisin et son plus dangereux ennemi potentiel.

 

La Syrie sort elle, très affaiblie. Le plateau du Golan a été annexé officiellement à Israël en 1981. La résolution 497 de l’ONU condamne cette annexion et la considère illégale. Ça n’a pas empêché Israël de garder encore aujourd’hui le contrôle de ce plateau qui offre un avantage stratégique important en cas de guerre.

 

Quant à la Jordanie, malgré sa brève participation sur le front syrien, ses relations avec Israël ont continué à se normaliser. Si la paix n’est signée formellement qu’en 1994, la Jordanie et Israël ont une longue histoire de collaboration et d’échange d’informations.

Le paradoxe de la grande peur de 1973

 

Après 1973, il devient clair qu’Israël est devenu trop fort pour ses voisins. Entre son armée de pointe, le soutien militaire et diplomatique grandissant des Etats-Unis, la possession de l’arme atomique, et la neutralisation progressive de ses voisins les plus dangereux, Israël est devenue une puissance régionale en position de force. Fini le petit poucet encerclé par des puissants ennemis de 48-49.

 

Ce constat factuel n’était pas perçu par la société israélienne qui, en 1973, a eu peur, très peur. Les revers des premiers jours de Kippour lui ont fait craindre le pire.

 

Si, vu d’aujourd’hui, cette attitude peut sembler paradoxale, il faut bien comprendre qu’Israël est un État géographiquement minuscule, et que cette situation a des implications majeures pour la stratégie militaire.  

 

Pour un petit pays comme Israël, une seule grosse défaite peut vite se transformer en une guerre perdue. Les armées ennemies, si elles pénètrent dans le territoire, peuvent en quelques heures conquérir les villes majeures, la capitale et forcer la capitulation.

 

Ces contraintes expliquent la stratégie militaire de l’Etat d’Israël depuis des décennies : avoir l’initiative en frappant le plus possible en premier et sur le territoire de l’ennemi et organiser une armée de réservistes prête à se mobiliser très rapidement en cas de besoin.

 

Là c’est une synthèse avec l’essentiel, mais si vous parlez anglais, la chaîne Youtube de stratégie militaire Perun a fait une vidéo très intéressante sur la défense israélienne qui explique en détails les enjeux d’être un si petit pays, dont la capitale est très proche de ses frontières. Une vidéo de geek, je vous préviens, mais cette chaîne est très intéressante, aussi pour suivre le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

 

Après les sueurs froides de 1973, la course aux armements d’Israël atteint des sommets, Pour vous donner une idée de la paranoïa sécuritaire de l’époque, dîtes vous qu’Israël va dépenser jusqu’à 30 % de son PIB dans des dépenses d’armement.

 

[ SOURCE : Données de la Banque Mondiale, Dépenses militaires en % du PIB, Israël (1960-2022) ]

 

Quasiment un tiers du PIB qui va à l’armée sans être en guerre ouverte, c’est énormissime.

 

Ces immenses dépenses, combinées au premier choc pétrolier, ont gravement affaibli l’économie israélienne et fait exploser le chômage.

 

La gauche israélienne, qui gouvernait depuis des décennies, en est sortie décrédibilisée, et la droite a conquis pour la première fois le pouvoir en 1977.

 

Mais cette histoire, ça sera pour la prochaine vidéo. Voyons maintenant ce qui nous reste à voir ensemble 🙂